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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 18:39

http://www.strangehorizons.com/2009/20091130/nimbus_iii.jpgLe Fort Giordano Bruno était devenu le centre de la vie de la colonie terrienne Galileo, une planète terra-formée depuis à peine un siècle. Les éléments étaient hostiles, l’atmosphère synthétique dégagée par les générateurs était instable, ainsi que le champ magnétique artificiel, ceinture de Van Allen de création humaine, souvent perturbé par le champ magnétique naturel et précaire de la planète.
Dans certaines régions de ce monde, il fallait toujours avoir une assistance respiratoire à portée de main, et de préférence se trouver à proximité d’un bâtiment pour s’y enfermer hermétiquement, car en cas de tempête, le vent pouvait vider des zones de son air pendant quelques minutes, et çà suffisait pour mourir d’asphyxie.
Les colons n’étaient pas en sécurité tant que le processus de terra-formage n’était pas achevé, ils y restaient malgré tout, assurés que dans les prochaines décennies Galileo deviendrait un monde prospère et accueillant. En attendant, il fallait travailler dur pour survivre, la communauté avait besoin de bras, et l’immigration extraterrestre était la bienvenue pour certaines tâches difficiles à accomplir pour des humains.
Travailler sur terre ou des colonies terriennes comme Galileo était avantageux, le système social était élaboré, les salariés étaient bien payés, bénéficiaient d’un logement gratuit, d’une mutuelle, d’une couverture santé, de congés payés et d’une confortable assurance retraite. Autant dire que des planètes comme Galileo étaient convoitées par les immigrants issus des planètes les plus pauvres du quadrant.
Dans le quadrant, y avait une importante diaspora Yaki, des créatures à l’aspect vraiment http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSK1nkQbmDvvzKMg5EgvL71fqTnzwKdrzOSnwn8VrI_caimH4_Nzgrepoussant ; vous avez déjà vu « Alien » de Ridley Scott ? Eh bien un Yaki, çà ressemble un peu à çà, à part que çà a des yeux. Des yeux méchants, diaboliques, qui luisent d’une lueur infernale, avec ce genre de regard qui n’inspire pas confiance et semble dire : « Tuer ! Tuer ! »
Les Yakis ont la même forme de tête allongée que les aliens de Ridley Scott, osseuse, avec deux rangées de dents longues comme des poignards, pointues et acérées, et de la bave poisseuse qui leur dégouline des babines. C’est franchement répugnant. Et leur corps, qui compte deux bras et deux jambes sur lesquelles ils se tiennent debout, est noir et osseux comme la tête, avec d’horribles griffes aux mains et aux pieds.
Malgré cet apparence de monstres sanguinaires, les Yakis sont un peuple tout à fait pacifique et civilisé. Il y avait bien quelques échauffourées entre eux et les terriens, mais çà n’allait jamais très loin, dans les bagarres, ils se servaient de leurs poings, jamais de leurs griffes ni de leurs dents, et ils cherchaient rarement la bagarre, ils préféraient vivre en bons termes avec tous leurs voisins, qui qu’ils furent.
http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcR0LfNGv_W2Mi5H-JVUyCZC8-JhKFaZncWa0wn-rm8xmjzNH27aFQÀ un moment, ils étaient devenus tellement nombreux que les terriens s'étaient mis à les détester. Ces derniers accusaient les Yakis de les envahir, alors que c’étaient eux-mêmes, quelques années plus tôt, qui leur avaient proposé de venir travailler. Heureusement, tous les terriens ne les détestaient pas, certains entretenaient des liens amicaux avec eux, même si le reste les considéraient comme la lie de la Création.
De manière générale, les humains admettaient la présence des Yakis, car ils accomplissaient un travail dont eux-mêmes étaient incapables, du fait de leur constitution, mais ils souhaitaient qu’ils restent à l’écart. Cela les ennuyaient de voir ces étrangers bénéficier des mêmes avantages sociaux qu’eux, estimant que c’était une sorte de vol.
À la tête de la colonie, il y avait Elmer, un chef charismatique qui savait parler aux hommes. Il était de type noir, comme ses lointains ancêtres d’Afrique sur la terre. À cette époque, avec la rencontre de races extraterrestres, les terriens avaient complètement oublié les différents ethniques et racistes d’autrefois, tout cela ne constituait plus qu’un amusant folklore, comme lorsqu’on évoque les croyances et les superstitions de nos aïeux préhistoriques.http://img.over-blog.com/231x189/4/38/98/77/bl.jpg
Elmer se faisait appeler le « Commodore », et il arborait quotidiennement une tenue de style militaire. Il y avait un brin de mégalomanie dans son attitude, mais il réussissait à subjuguer les colons, et leur faire faire tout ce qu’il voulait. Il menait une stricte politique raciale, il avait élaboré un « code alien » établissant les droits, les devoirs, les obligations et les sanctions prévues en cas de désobéissance pour tous les extraterrestres immigrés sur la colonie. Cela visait particulièrement les Yakis, bien qu’il y eut d’autres races non-humanoïdes venues de tout le quadrant.
Pour Elmer, les extraterrestres humanoïdes comme les Galitiens ou les Ganites, étaient assimilés aux terriens, et dans sa colonie, il leur était possible de se faire naturaliser. Il avait de la considération pour eux, par contre, il n’en avait aucune pour les Yakis, qu’il considérait comme moins que rien, sans même réaliser qu’ils éprouvaient les mêmes sentiments que ceux des humains.
Contre toute attente, les humains et les Yakis étaient inter-fécondables, bien qu’il fallut être sexuellement très éclectique pour s’accoupler avec un ou une Yaki. Autant dire que les Yakis pensaient la même chose des humains, ne les trouvant pas beaucoup plus attirants.
http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQBzRdnB65xaIiQO8IRe6nWrD3x8bqfIFEoFV9mslNkFwD-pQnnPourtant, il arrivait des deux côtés que les différences fussent surmontées, qu’un homme ait un enfant avec une Yaki, ou un Yaki avec une humaine, et le résultat était surprenant ; cela donnait une créature magnifique, très belle à la fois selon les critères humains et Yakis.
On aurait dit que les deux espèces étaient faites pour se rencontrer afin d’en créer une troisième plus parfaite. Pour donner naissance à ces sublimes créatures, il était nécessaire de surmonter les différences et les à-priori, des deux côtés. C’était une épreuve incontournable, il n’y avait pas d’autre moyen, on avait tenté la reproduction artificielle en éprouvettes de laboratoires, mais ce fut un échec systématique. Le seul moyen, c’était le moyen naturel.
Inutile de préciser qu’il n’y avait que très peu d’humains et de Yakis prêts à surmonter leur répugnance réciproque et leurs préjugés, et que les deux espèces ne s’aimaient guère. En fait, c’était la relation dominant/dominé classique, les terriens, descendants de terriens comme Elmer et Cerdan son adjoint, et les humanoïdes en général menaient une politique impérialiste dans le quadrant ; les espèces non-humaines, même si elles avaient évolué suffisamment pour explorer l’espace, étaient considérées comme inférieures, et on avait tendance à penser qu’elles étaient demeurées.
Loin d’être demeurés, les Yakis étaient une très vieille espèce, leur histoire ethttp://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSx0lb57gRUWorXc1Dk4-t1vuo-cwT307T6hLhsURBF3xovIGuA leur culture, qui remontaient à plusieurs millénaires, étaient très riches, ils avaient compté de grands souverains, des savants, des artistes, et ils avaient mené un empire glorieux qui dépassait les limites du quadrant. Mais comme tous les empires, il avait fini par s’effondrer.
Leur planète-mère et celles qu’ils avaient colonisées s’étaient appauvries avec le temps, les ressources naturelles étaient épuisées, et depuis deux ou trois siècles, ils étaient obligés d’émigrer sur des planètes étrangères, essentiellement des colonies terriennes, pour survivre.
On s’était aperçu que les espèces extraterrestres non-humanoïdes comme les Yakis, si fondamentalement différentes de nous, étaient formés dans la même substance génétique que les humains. Très Darwiniennement, ces espèces s’étaient adaptées à l’environnement de leurs planètes d’origine. Il semblait que la main géante d’un semeur avait dispersé les graines de la vie intelligente à travers la galaxie sans faire de distinction, puisant ses semences d’un même sac.
http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQAIP5qvBjrX1v0Qf9QFSzkEL4uR7RuKuVmO9FgDY44bpV15aKISur certaines planètes, cette vie intelligente a pris une forme humaine, sur d’autres, celles de créatures monstrueuses, du moins, selon nos critères, alors qu’objectivement, aucune espèce n’est plus monstrueuse qu’une autre. Si toutes ces espèces sont inter-fécondables, et que leur union ne donne pas de mules stériles mais bien une espèce à part entière fertile et capable de prospérer, c’est que l’univers l’autorise, et la trame de l’Histoire a permis à ces unions de se réaliser.

Hormis quelques couples mixtes Yaki/humain, avec ou sans enfants, qui vivaient en marge de la société, rejetés par leurs semblables respectifs, les colonies terriennes appliquaient une stricte apartheid : les Yakis s’étaient vus allouer des territoires bien spécifiques, situés dans les endroits les plus hostiles de la planète en devenir, là où il y avait le plus fréquemment des tempêtes. Leur organisme résistait mieux aux disparitions d’air que celui des humains.
Les Yakis avaient le droit de travailler dans les agglomérations humaines, mais ils n’avaient pas le droit de s’y trouver au-delà de 19h et avant 6h. Tout contrevenant était aussitôt emprisonné.
Dans les transports en commun, certains véhicules étaient réservés aux humains et interdits aux Yakis. Dans certaines métropoles qui n’étaient encore que des forts, comme le Fort Giordano Bruno, où résidaient le Commodore et son adjoint, beaucoup de commerçants interdisaient l’accès de leur magasin aux Yakis. Il n’était pas rare de voir à l’entrée des bars et des restaurants un panneau disant : « Interdit aux animaux et aux Yakis ».
Il en était de même dans les laveries automatiques, les salles de spectacle, leshttp://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRQCOR32pwjgz9JP3i9I_RROPz3ZEu6SnyAVJ8K5kvw099KoyT54w boîtes de nuits etc. mais le pire, c’étaient les lynchages ; parfois, si un délit était commis dans le voisinage d’un ou plusieurs Yakis, et c’était forcément un Yaki qui était accusé même si ce n’était pas lui. Quand il s’agissait d’un meurtre, on trouvait immédiatement un coupable Yaki idéal, souvent au hasard, et on le pendait en place publique.
Normalement, ce genre d’exaction était strictement interdite par la loi terrienne, mais le gouverneur Elmer, le « Commodore » laissait ces crimes se commettre impunément, il les cautionnait même. Et les pauvres Yakis qui osaient venir porter plainte se retrouvaient rapidement en cellule pour trouble à l’ordre public.

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTI2ZOAbxLLRfOZUSKkU4s0hakzA3-exKk5XGSW2aYSqxIee9P8zwLa venue de Bob

Au fond du cosmos, il y avait une entité oubliée, son existence remontait avant le Big-Bang. Elle avait vécu dans l’univers qui avait précédé le nôtre, elle avait assisté à son apparition, et à celle de l’univers qui l’avait précédé et encore celui d’avant.
En fait, elle avait du assister à l’apparition de tous les univers qui avaient existé, à chaque fois, ils s’étendaient dans une constante expansion jusqu’à perdre leur consistance. Alors la matière dispersée commençait à se rassembler en trous noirs, les trous noirs se réunissaient peu à peu en un seul qui absorbait toute la matière restante jusqu’au dernier milligramme, puis toute cette matière, concentrée en un point n’ayant même pas la taille d’une tête d’épingle, explosait à nouveau en un nouveau Big-Bang qui donnait naissance à un nouvel univers et ainsi de suite.
Qui était cette entité qui avait assisté à tout cela ? Pour certains, il s’agissait de Dieu ou d’un avatar de Dieu, mais il y en avait aussi pour qui elle n’était qu’une forme de vie parmi tant d’autres, une forme de vie dont la particularité était d’être omnipotente. Çà aussi c’est très Darwinien, mine de rien, quand on vit dans un environnement chaotique où l’on est directement confronté à l’infini, on s’adapte en devenant omnipotent.
En passant aux abords de Galileo, l’entité se dit : « Tiens ? Il y a de la vie,http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRX0f6vtn_Li4FWUvcYHkK9ect3L_7KSV2cKjxxpj84JmOs-1_r maintenant sur cette planète ? La dernière fois il n’y en avait pas. Allons voir. » En descendant, elle vit les dispositifs de terra-formage et les générateurs d’oxygène et d’azote. Elle comprit que des créatures intelligentes s’étaient installées là, elle prit alors une forme matérielle pour étudier les habitants de cette colonie.
Elle choisit l’apparence d’un homme à la bouille sympathique, de type blanc, les cheveux courts coiffés avec la raie sur le côté, habillé sobrement et fumant la pipe. Il lui fallait aussi un nom pour se présenter quand elle rencontrerait des gens, elle choisit « Bob », c’était facile à prononcer et à retenir, et puis c’était moins impressionnant, et aussi moins présomptueux que « Dieu », « Belzébuth » ou que sais-je encore.

« Pouvez-vous me passer le sel ? » Demanda le Commodore Elmer d’un ton courtois. Cerdan, son adjoint qui était assis à table en face de lui, lui passa le petit panier contenant la salière, la poivrière et le petit pot de moutarde. « Merci, dit Elmer, rien de neuf chez les Yakis ? »
« Ils se tiennent tranquilles. » Répondit Cerdan.
« Ils ont intérêt. »
« Vous ne trouvez pas que vous y allez un peu fort ? »
Elmer, qui s’apprêtait à porter un morceau de pomme de terre à sa bouche s’arrêta dans son mouvement, il reposa ses couverts et soupira. « Vous n’allez pas recommencer, Cerdan ? »
http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTNyfFVLzJyZYvg5F_BF7ntDHbpoOIifjxdUM7poJ74ktqaKonjjwCerdan se mit à rougir, çà se voyait bien chez lui, il était l’opposé d’Elmer ; autant la peau du Commodore était sombre, autant la sienne était claire, les yeux de l’un étaient marrons, ceux de l’autre étaient bleus, et ses cheveux blonds et lisses contrastaient avec les cheveux noirs et crépus de son chef. Cela faisait sept ans qu’il était l’adjoint du « Commodore », il était aussi le chef suppléant de la colonie.
Auparavant, ils se connaissaient déjà, ils avaient fait une partie de leurs études ensemble à l’académie spatiale, sur la terre. Quand Elmer avait été nommé gouverneur de la colonie de Galileo, il avait proposé à Cerdan de le suivre, et il avait accepté.
Le contraste entre les deux personnages n’était pas seulement physique, il existait aussi sur le plan de la personnalité, autant Elmer était rigide et raciste, autant Cerdan était quelqu’un de souple et ouvert aux autres cultures. D’ailleurs, il ne cachait pas sa réprobation quand Elmer prenait des mesures discriminatoires envers les Yakis, il n’aimait pas du tout la manière dont on les traitait, il tâchait, dans les limites de son pouvoir, de tempérer les actions du Commodore, mais son influence sur lui n’était pas assez grande, Elmer avait une forte personnalité difficile à détourner.
Le racisme était le sujet principal de leurs fréquentes querelles, mais l’amitié qui les avait réuni suffisait à surmonter leurs différents. Elmer avait besoin de Cerdan, car, même si sa politique était à l’opposé des convictions de son adjoint, ce dernier était pour lui un précieux conseiller quant à la gestion financière de la communauté. Les mathématiques n’étaient pas le fort du Commodore. Il n’y avait pas que çà, ils s’appréciaient mutuellement, tout simplement.
Tout en mangeant, comme cela arrivait souvent, ils étaient repartis dans unehttp://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRWlD2523RET-Mefw6YlzHEPnVvdPVPMZLgXUZE8GLmW54I4qlM de leurs querelles habituelles sur la façon de traiter les étrangers, quand soudain, une voix intervint dans leur dialogue : « Très intéressante, votre conversation. »
Elmer et Cerdan sursautèrent en voyant l’individu assis avec eux, en bout de table ; un homme blanc, vêtu d’une chemisette à carreaux et d’un pantalon en jeans. Son visage souriant était rasé de près, ses cheveux étaient courts et peignés avec la raie sur le côté, et il tirait de petites bouffées de fumée sur sa pipe.
« Continuez, leur dit-il, faites comme si je n’étais pas là. »
Elmer se leva en s’écriant : « Qui êtes vous ? Comment êtes vous entré ? »
« Je me suis téléporté auprès de vous, tout simplement. » Répondit calmement l’inconnu.
« Gardes ! » Appela Elmer en actionnant son badge de communication sur sa poitrine, mais personne ne vint.
« Vous pouvez appeler tant que vous voudrez, dit l’étranger, ils ne vous entendront pas. »
« Nous direz vous qui vous êtes ? » Demanda Cerdan d’un ton diplomate.
L’individu tendit la main : « Je me présente, je m’appelle Bob. Enchanté de vous connaître. »
Cerdan lui serra la main : « Ravi de vous rencontrer, Bob, je m’appelle Cerdan, et je suis l’adjoint du gouverneur de la colonie de Galileo, le Commodore Elmer ici présent. »
Elmer ne daigna pas relever, il fixait « Bob » avec une colère contenue. « Bob » lui tendit aussi la main, mais le Commodore garda obstinément les bras croisés. Alors, sans se départir de son sourire, l’étranger ramena sa main en disant : « Enchanté de vous connaître, Elmer. »
Elmer se redressa sur sa chaise : « Je vous somme de me dire qui vous êtes et la raison de votre présence. »  
http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcThzIuqeMUcPqNdgtrii5YeS9tr5T1LfSzO5VUdNEKQ1cPOaT9VYw« Je vous l’ai dit : je suis Bob. En fait, vous voudriez savoir ce que je suis ? Un observateur, un chercheur, artiste à ses heures. D’ailleurs, laissez moi vous lire un poème que j’ai écrit. » Bob sortit une paire de lunettes de sa poche, il les chaussa sur son nez avant de déplier une feuille de papier qu’il avait sorti d’une autre, « Ce poème s’intitule : Ode aux étoiles, annonça-t-il,  puis, d’une voix théâtrale il commença à lire :  Ô étoiles, vous qui… ». Elmer l’interrompit brusquement : « J’en ai rien à foutre de vos conneries, dites moi plutôt ce que vous voulez ! »
« Rien de particulier, j’observe, je regarde, j’étudie, je m’instruis. »
« De quelle planète venez vous ? »
« De toutes et d’aucune, je suis un citoyen de l’univers. »
« Un gauchiste ! » S’écria Elmer avec dégoût.
Ignorant cette remarque déplacée, Bob continua : « J’avais connu cette planète du temps où elle n’était qu’un caillou stérile sans air. Vous êtes vraiment doués, vous les humains, vous lui avez donné une atmosphère, un champ magnétique, de la végétation, une faune, vraiment, je vous admire beaucoup. »
« C’est gentil, répondit Cerdan, mais dites moi, si vous avez connu ce monde avant sa terra-formation, vous devez être plutôt âgé. »http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTWcS_J95ggvUcJ8cMmLBrxmk1UZaCERxyutq2_W9ZLyccdJMO2Jpb6GNc
« Ce n’est rien de le dire, répondit Bob en riant, il se frotta le dos et ajouta : j’ai même un début d’arthrite, je mets de la pommade tous les soirs et mon matelas… »
« Vous allez arrêter de vous foutre de notre gueule ? » L’interrompit à nouveau Elmer. « Je commence à en avoir marre ! » Une nouvelle fois, il appuya sur son badge de communication en criant : « Garde ! »

Cette fois-ci, trois hommes armés surgirent dans la salle, en voyant Bob, ils sourirent et rengainèrent leurs armes. L’un d’eux demanda : « Qu’est-ce qui se passe, Bob ? »
« Dites donc ! Protesta Elmer, c’est moi qui vous ai appelés, et non ce « Bob ». Je vous ordonne de le boucler immédiatement ! »
« Boucler Bob ? Demanda l’un des gardes, mais il n’a rien fait de mal. »
Elmer ferma les yeux en respirant profondément, maîtrisant du mieux qu’il pouvait sa colère. D’un ton posé, il dit à l’étranger : « Je vois ; contrôle mental. Vous êtes un dangereux alien. » Alors il sortit son arme et lui tira dessus à bout portant. La silhouette de Bob s’embrasa comme un charbon ardent et disparut dans une vague de chaleur qui fit onduler l’air.
Elmer rangea son arme, puis il sursauta en entendant la voix de Bob derrière lui : « Vous êtes toujours aussi impulsif ? » Il se retourna et vit Bob, se tenant debout, une main dans la poche, l’autre tenant sa pipe.
Elmer soupira à nouveau : « Contrôle mental, téléportation, vous êtes balèze, mais je suis venu à bout de toutes sortes d’aliens avec des pouvoirs fantastiques, vous ne me faites pas peur. »
« Mais je n’ai pas du tout envie de vous faire peur, au contraire. »
Cerdan fit un signe à Elmer, et il lui dit en aparté : « Il faut qu’on parle, puis, se tournant vers les gardes : faites donc visiter les lieux à notre hôte. » « Avec plaisir, répondit le chef des gardes, vous venez, Bob ? »
« Je vous suis. » Répondit celui-ci, et ils sortirent de la pièce, laissant Elmer et Cerdan seuls.
« Cet alien doit être assez dangereux, dit Cerdan, avant de nous confronter à lui, nous devrions prendre le temps de l’observer. Il faut connaitre ses motivations. »
« Ses motivations ? Il veut nous envahir, c’est clair. » Répondit Elmer.
« Peut être, peut être pas. Il est seul, apparemment. »
http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSxZ9QQiC0FuuuxTJ5tLxO3UBvxcgZmrEzytWpW_leFJxSs7M638A« Ou il est l’éclaireur de toute une armée de ses semblables. »
« Je n’imagine pas cet individu assimilé à un groupe, il est trop excentrique. Je pense plutôt qu’il est seul, il agit seul, et je ne pense pas qu’il veuille nous envahir. On ne peut pas dire qu’il se soit montré hostile. »
« Mais il pourrait bien le devenir. »
« Si vous-même êtes hostile, en effet, il pourrait le devenir. Tâchons de jouer son jeu, ainsi, on verra où il veut en venir. »
« Jouer son jeu ? Çà consiste en quoi, s’asseoir pour écouter ses conneries ? »
« Oui, il finira bien par exprimer ce qu’il veut, ce qu’il attend de nous. »
« OK, Cerdan, occupez vous de lui, offrez lui l’apéro et les petits gâteaux, pendant ce temps là, j’alerte la Confédération. »
Elmer s’installa devant une console et dit : « Ordinateur, mets moi en communication avec la terre. »
La voix féminine de l’ordinateur répondit : « Les communications sub-spatiales sont momentanément interrompues, veuillez renouveler votre appel ultérieurement. »
« Comment çà, interrompues ? »
« Des opérations de maintenance sont en cours sur le réseau, veuillez excuser ce désagrément. »
« Je vois, ce Bob contrôle tout, même les communications. » Constata Elmer.
« C’est pour cela que je vous dis d’y aller en douceur avec lui. Allons le rejoindre et faisons sa connaissance, c’est tout ce qu’on peut faire pour l’instant. »

 

Le voyage du Commodorehttp://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcR9Pf27A6pUeR01TtUnUvXORL-iI_DIX5X9fATyn4x0vxyE8zCG3A

Bob semblait fasciné par les volailles qui s’ébattaient dans le poulailler, il les observait avec curiosité en tirant sur sa pipe. Elmer et Cerdan s’approchèrent de lui, et Cerdan lui demanda : « C’est la première fois que vous voyez ce genre d’animal ? »
« Bien sur que non, j’en ai connu des millions de sortes, mais j’aime toujours autant les regarder. »
« Voulez-vous visiter la colonie ? »
« Bien volontiers. »
Ils s’embarquèrent tous les trois, Elmer, Cerdan et Bob, dans un hélicoptère à anti-gravité dont les hélices de plastique tournaient silencieusement. Pendant le trajet, seul Cerdan parlait avec Bob, Elmer restait silencieux avec une mine renfrognée.
Ils visitèrent les cinq autres Forts de la planète : le Fort Lucien de Samosate, le Fort Youri Gagarine, le Fort Neil Armstrong, le Fort Stephen Hawking et le Fort Gene Roddenberry. Ils visitèrent aussi une douzaine de camps, tous également nommés d’après les noms de personnalités scientifiques ou artistiques ayant trait à l’espace.
La colonie entière comptait à peu près 130000 humains et 250000 aliens, dont plus de la moitié était Yakis, et on estimait à 120000 le nombre d’aliens clandestins, ce qui portait la population à plus ou moins 500000 habitants.
C’était une petite colonie, certes, mais elle n’en était pas moins un microcosme reproduisant les mécanismes d’une société de plusieurs millions d’individus. Bob ne put s’empêcher de faire des remarques sur la manière dont étaient traités les aliens. « Vous n'avez pas l'air de beaucoup apprécier les étrangers ? » Demanda-t-il d’un ton détaché à Elmer.
« Mêlez vous de vos affaires ! » Rétorqua agressivement celui-ci.
Ils étaient remontés dans l’hélicoptère, Bob empestait l’habitacle avec sa pipe. Après un moment de silence, il dit à Elmer : « Je crois bien que vous avez besoin d’une leçon. »

« Une leçon ? Comment çà une leçon ? » Demanda Elmer, il n'eut pas le temps d'en dire plusqu'il se retrouva assis sur l’herbe, dans un paysage totalement étranger. « Bon sang ! Se dit-il, cet enculé m‘a téléporté je ne sais où ! » Il se releva en époussetant ses vêtements et se mit à marcher. Il y avait un chemin de terre non loin, qui traversait des champs et des bosquets.
Il avança jusqu’à trouver une habitation, une ferme isolée en rondins de bois avec un drapeau à bandes rouges et blanches qui flottait au bout d’un mât. Il monta les quelques marches menant à la porte d’entrée, et il actionna la cloche accrochée sur le montant. Au bout d’un moment, un homme vint lui ouvrir.

 

Cerdan était horrifié en voyant son ami disparaitre ainsi dans un bref flamboiement, il s‘écria : « Qu’avez-vous fait de lui ? » « N’ayez crainte, répondit Bob d’un ton serein, je ne l’ai pas tué, je l’ai simplement envoyé ailleurs. »
« Où çà ailleurs ? »
http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ8lmL6xaFm29MEo9qD3g_XCzUcwKwTf7QeIzShtvY_DTdhfR-9« Où et quand, devriez vous me demander. Sur terre au milieu du vingtième siècle, en Alabama, États-Unis d’Amérique, dans un petit village appelé Virgin Lawn, non loin de Birmingham. Cet endroit était réputé pour être le fief du Ku-Klux-Klan. »
« Le quoi ? »
« C’était une organisation suprématiste blanche. »
« C’est-à-dire ? »
« C’est trop long à expliquer, vous n’avez qu’à le rejoindre, il aura sans doute besoin de vous, comme vous êtes blanc, çà vous facilitera les choses. Quand vous l’aurez retrouvé, je vous ramènerai tous les deux. »
À peine eut il achevé ces paroles que Cerdan se retrouva précipité dans le néant. Il atterrit dans une ruelle déserte, s’écroulant brutalement sur le sol. Il se releva et sortit prudemment dans ce qui ressemblait à la rue principale d’une petite ville. Il s’agissait manifestement de Virgin Lawn, et l’on était vraisemblablement dans la fin des années 40 ou au début des années 50.
Il se mit à marcher sans but précis, les gens qui le croisaient se retournaient sur lui à cause de son habillement qui détonait sur la mode locale. On avait rarement l’habitude de voir un homme vêtu comme il l’était, il ressemblait vaguement à la fois à un militaire et à un mineur de fond. Il s’arrêta devant un kiosque à journaux, prit un quotidien sur une pile et consulta la date : 5 juin 1947. Heureusement, la langue anglaise avait peu changé jusqu’à sa propre époque, et il comprenait tout ce qui était écrit. Alors qu’il parcourait les articles, le marchand de journaux, qui le regardait avec méfiance, finit par lui dire : « Dites donc, c’est pas une bibliothèque, ici, vous achetez ou vous dégagez ! »
Cerdan lui lança un regard évasif, il reposa le journal en s’excusant et il demanda au commerçant : « Auriez vous vu un monsieur noir habillé en tenue militaire dans le coin ? ».
« Un monsieur noir ? » Répéta le marchand de journaux d’un ton ironique, en mettant l’emphase sur les mots monsieur et noir. « Non, je n’ai pas vu de monsieur noir, allez, foutez le camp ! » Ajouta-t-il d’un air menaçant.
Cerdan s’éloigna, et sur son chemin, il aborda plusieurs personnes à qui il demanda si elles avaient vu un monsieur noir, mais tout le monde réagit avec la même hostilité que le marchand de journaux, et il ne comprenait pas pourquoi.
Il fouilla dans ses poches, à la recherche de quelque chose qui put servir de http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRAvysoacmGM7tzh8G3DNfhzMKcOSqdI94N-L1w0Ey0GtzlPaDpLwmonnaie d’échange, il n’avait que son vieux colt, qu’il portait toujours dans un holster sous sa veste. C’était une pièce d’antiquité pour son époque, mais il l’entretenait et fabriquait lui-même les balles. Il était en parfait état, et il le préférait aux phasers à plasma qu’un brouilleur d’ondes pouvait facilement mettre hors d’usage. Il avait aussi un phaser à sa ceinture, mais sa forme n’évoquait pas une arme aux gens du vingtième siècle, il pouvait passer pour une radio ou un jouet.
Il entra dans une armurerie et échangea son précieux colt contre quelques dollars. À l’époque où il vivait, le dollar avait complètement disparu et avait été remplacé par des crédits universels, une unité monétaire essentiellement virtuelle, et çà lui faisait un drôle d’effet d’utiliser des morceaux de papier et de métal pour les transactions.
Muni d’une cinquantaine de dollars, il entra dans un bar et s’assit à une table. Le serveur arriva, et il commanda machinalement une tasse de raktajino. Devant la mine surprise du serveur, il se reprit et commanda un café. Il en profita pour glisser sa question : « Avez-vous vu un monsieur noir ? » Le serveur éclata de rire : « Un monsieur noir ? »
Cerdan ne voyait pas ce qu’il y avait de drôle, mais se rappelant qu’il n’était pas à son époque, il se garda de faire des remarques. Cependant, le serveur avait l’air moins hostile que les personnes à qui il s’était adressées jusque là, et il lui expliqua comment se rendre dans un quartier, en banlieue de Virgin Lawn, habité par des messieurs et des dames noirs. Il avait prononcé les mots messieurs et dames avec une ironie appuyée qui n’avait pas échappé à Cerdan.
http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQGFNofAgdp0a7Qc3EgNJL0i-ZcywLYuVhRYMZB9Y5XJsEP03MVfgIl se rendit donc dans le quartier que lui avait indiqué le serveur, et il fut accueilli par une nuée d’enfants qui couraient autour de lui en l’interpellant. Quant aux adultes, les passants, les commerçants, les vieux assis sur les pas de portes le regardaient avec un étonnement mêlé de méfiance.
Il avisa un vieil homme assis sur une chaise à côté de la porte grande ouverte d’une maison, il avait les deux mains posées sur une canne noueuse, et quand Cerdan s’approcha de lui, il eut un léger mouvement de recul.
« N’ayez pas peur, monsieur, lui dit Cerdan, je cherche un ami, un monsieur noir comme vous, il a une quarantaine d’années, il est habillé d’une sorte de tenue militaire, l’auriez vous vu, par hasard ? »
L’homme secoua la tête sans dire un mot, puis son regard sembla se perdre dans le vide, signifiant à Cerdan que la conversation était terminée. Il s’inclina légèrement en s’excusant, et il continua son chemin d’un pas hésitant, sous les regards des gens qui avaient interrompu leurs activités pour l’observer, à côté de la maison du vieil homme, il y avait un coiffeur, un rasoir à la main, et son client, la moitié du visage couverte de mousse avec une serviette autour du cou s’était levé pour le regarder.
Machinalement, Cerdan entra dans un bar et il s’assit à une table. Le serveur vint le voir : « Bonjour, chef, qu’est-ce que je te sers ? »
« Chef ? Je ne suis pas votre chef, vous devez confondre avec quelqu’un d’autre. » Répondit naïvement Cerdan, qui n’avait aucune habitude des mœurs ni du langage du vingtième siècle. Le serveur éclata d’un rire bruyant, il lui tapa sur l’épaule et lui dit : « Tu n’es pas d’ici, toi, çà se voit. D’où tu viens ? »
Cerdan réfléchit avant de répondre : « Je… je suis français. »
« Tu veux dire que tu viens de Louisiane, tu es accadien, c’est çà ? »noirs.jpg
« Euh… oui. » Répondit Cerdan sans savoir de quoi il s’agissait.
« Mon père vient de Louisiane. Qu’est-ce que tu fiches dans le coin, tout seul dans un quartier noir ? »
« Je cherche un ami, il s’appelle Elmer, c’est un monsieur noir comme vous. »
« Un monsieur noir ? »
Décidément, l’association du mot monsieur au mot noir semblait inhabituelle dans cette région et à cette époque.
« Pour toi, je suis un monsieur noir ? » Demanda le serveur d’un ton incrédule.
« Euh, évidemment, pourquoi ? »
« Dans le coin, les blancs n’appellent pas souvent les noirs monsieur. Tu es bien le premier que je rencontre. D’habitude, on a droit à négro, Tom, bamboula etc. en plus, tu appelles ce monsieur noir ton ami, çà non plus c’est pas courant. »
« Ah bon, les hommes noirs et les hommes blancs ne sont pas amis, par ici ? »
L’innocence de sa question était irrésistiblement comique, et le serveur partit dans un fou-rire qui l’obligea à s’asseoir. Au bout d’un moment, son fou-rire se calma, il essuya des larmes qui coulaient sur ses joues, et il tendit la main à Cerdan : « Je m’appelle Edward, tu peux m’appeler Eddy ou Ed. »
Cerdan lui serra la main en se présentant à son tour : « Je m’appelle Cerdan, enchanté de vous connaître, Eddy. »
« Tu as faim ? Je vais te préparer un truc. »
« Je vous remercie, mais je dois trouver mon ami assez rapidement. »
« Il est comment, ton ami ? »
« Une quarantaine d’années, il porte une sorte d’uniforme militaire, çà ne vous dit rien ? »
« Non, mais à la place de ton ami, je tâcherais de ne pas me faire remarquer, je changerais de fringues et je me planquerais. Les blancs du coin sont pas comme toi, ils sont plutôt méchants. »
« Comment çà ? »
« Les blancs d’ici se croient supérieurs aux noirs, ils se croient plus beaux, plus intelligents, plus civilisés, et ils nous prennent pour des moins que rien. Ils nous détestent, et dès que l’un de nous fait un faux pas, ils mettent le feu à nos maisons ils violent nos femmes et ils tabassent nos enfants et nos vieillards. »
Ces propos évoquaient à Cerdan la manière dont étaient traités les Yakis sur Galileo, combien de fois était il intervenu pour empêcher ce genre d’exactions ? Mais Elmer permettait cela tacitement, les colons se sentaient donc libres d’agir ainsi envers les Yakis en toute impunité, tout comme les hommes blancs d’Alabama envers les noirs au milieu du vingtième siècle sans que les autorités ne les en empêchent.
Cependant, il avait du mal à imaginer que le racisme aie pu exister entre les êtres humains à cause de la couleur de la peau, il trouvait cela prodigieusement stupide. « C’est pas vrai ! S’écria-t-il, des humains qui traitent d’autres humains comme çà, mais c’est dingue ! » Il était complètement effaré.
Cette fois, Eddy n’eut plus envie de rire, au contraire, il garda un sérieux très grave. Il demanda à Cerdan :  « Mais bon sang, d’où tu viens, toi ? Tu n’es pas de Louisiane, c’est sûr, t’es même pas américain, t’es quoi ? »
« Eh bien, je suis né sur Albany, une colonie terrienne dans le système d’Aldébaran, mais mes parents sont terriens. »
Eddy n’exprima aucune surprise apparente. « C’est bizarre, dit-il, mais je te crois. »

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRtMU06CirteWX2DwJQgbDha54t8Ilq4jYKbm_LM2LcUgNtLOXZmAIl commençait à se faire tard, Eddy avait offert une chambre à Cerdan, en lui recommandant de se reposer afin d’entamer les recherches le lendemain matin. À contrecœur,  Cerdan s’était couché, mais il n’arrivait pas à s’endormir. Tard dans la soirée, Eddy frappa à sa porte : « Cerdan ! J’ai des nouvelles de ton ami, je peux entrer ? »
« Bien sûr, Eddy. »
Eddy ouvrit la porte et vint s’asseoir sur le lit à côté de Cerdan qui s’était redressé. « Ce matin, un homme noir en tenue militaire a agressé un citoyen à son domicile après avoir violé et assassiné la fille de son voisin. »
« Quoi ? Mais çà n’a pas de sens, pourquoi Elmer aurait il fait çà ? »
« Il n’a rien fait, c’est sûr, le gars que ton copain a soit disant agressé est un copain du shérif, à tous les coups, c’est lui qui a violé et assassiné la fille. Ton copain a simplement du sonner chez lui en se retrouvant à notre époque, et l’autre a profité de l’occasion pour lui faire porter le chapeau. »
« Qu’est-ce qui va lui arriver ? »
« Ils l’ont déjà jugé, il va être pendu à un arbre tout à l’heure. »
Cerdan enfila ses vêtements. « Où çà ? »
« Le Ku-Klux-Klan a l’habitude de se réunir dans une clairière non-loin, mais je ne pense pas que tu pourras faire grand chose,  ils sont nombreux et armés. » Il vit Cerdan sortir un appareil qui ressemblait à un transistor ou une lampe de sa poche. « Qu’est-ce que c’est ? » Demanda-t-il.
« Un phaser, une arme à plasma qui peut tuer ou simplement assommer, il est pourvu d’un régulateur qui monte jusqu’à 16, c’est la force maximale, mortelle bien entendu. Si je la règle à 8, çà assomme mais çà ne tue pas. Il vaut mieux éviter de tuer quand on voyage dans le temps, même des individus qui le mériteraient. »
« C’est génial, ton truc, mais tu crois que çà suffira ? Ces types sont pas nés de la dernière pluie, ils ont fait la guerre. »
« Moi aussi j’ai fait la guerre. Tu me montres où c’est ? »
Eddy guida Cerdan jusqu’à un bois, ils approchèrent des abords d’une clairière éclairée par un feu de camp et des flambeaux tenus par des hommes. Une étrange cérémonie s’y déroulait, il y avait des hommes à cheval et à pieds presque tous vêtus de robes blanches et de cagoules coniques à bout pointu qui dissimulaient leurs visages.
Le plus inquiétant, c’était cette corde à nœud coulant attachée à la branche d’un arbre massif, çà n’augurait rien de bon. Il se tourna vers Eddy qui lui expliqua : « C’est çà le Ku-Klux-Klan, c’est un groupe de blancs qui se déguisent pour faire peur aux noirs, et qui les punissent quand un crime est commis dans le coin. Là, c’est ton pote qui va y passer. Tu crois qu’on va arriver à le tirer de là ? »
« On va arriver à rien du tout, toi tu te tires, j’agirai seul. »
« Mais c’est un de mes frères qui est en danger, je dois t’aider. »
« Tu m’encombreras plus qu’autre chose. Et puis, si tu connaissais bien ce type, je crois pas que tu l’appellerais ton frère. Allez, va-t-en. »
« Non, je partirai pas, je… » Eddy fut interrompu soudainement par une décharge de phaser réglé sur 4 ; ce qui suffit à l'endormir sans brutalité, et il n’aurait aucun effet secondaire en se réveillant, il aurait l’impression d’avoir passé une bonne nuit.
Peu après que Cerdan eut dissimulé Eddy, inconscient dans un fourré, il http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQrP76kN_Cwybbm7iMHY36GTUNT9AwTaN1vkBhuqqLyrpcqwuqShQentendit arriver une camionette. Il revint à son poste d’observation et vit deux hommes cagoulés en descendre, ouvrir les portes arrière du véhicule et en sortir un noir presque nu, vêtu uniquement d’un slip, les mains attachées derrière le dos et des traces de coups sur tout le corps et la figure. C’était bien Elmer.
Cerdan rampa dans la pénombre, il avait repéré un « chevalier » qui se tenait à l’écart. Il visa et lui tira une décharge de son phaser réglé sur 9, ce qui fit à l’homme l’effet d’un coup de poing de champion du monde de boxe.
L’homme tomba de sa monture sans faire de bruit, et Cerdan se précipita sur lui, lui arracha sa robe et sa cagoule qu’il revêtit avant de dissimuler le type assommé dans un fourré. Il enfourcha le cheval et s’approcha doucement de l’arbre où l’on s’apprêtait à pendre Elmer. 
Il y avait un klansman à cheval qui tenait un autre cheval, sur lequel deux hommes forçaient le Commodore à monter, avant qu’on lui enfile le nœud coulant autour du cou et qu’on fasse partir la bête au galop.
Cerdan choisit cet instant précis, il frappa des talons et fonça au galop sur Elmer que les hommes venaient de hisser péniblement sur le cheval, il agrippa le Commodore avec son bras et le jeta devant lui en travers de la selle. Tout cela c’était passé à une vitesse fulgurante, quand il avait dit à Eddy qu’il avait fait la guerre, il ne mentait pas, il avait participé à de nombreuses opérations de commando par le passé, il était totalement aguerri à ce type d’action.
Avant que les autres aient eu le temps de réagir, il s’était bien éloigné. Alors ils sautèrent tous en selle et se lancèrent à sa poursuite dans une chevauchée endiablée. Voyant ce remue-ménage général qui secouait tout le patelin, Cerdan et Elmer décidèrent de se cacher le temps que les choses se calment. Ils trouvèrent refuge dans un cabanon au milieu des bois et attendirent que le jour se lève.
Au petit matin, ils décidèrent de retourner là où Elmer avait atterri, dans une prairie au sommet d’un monticule. Ils se remirent à cheval, Cerdan toujours vêtu de la robe du KKK, car il avait passé sa chemise et son pantalon à Elmer.
Pour rejoindre l’endroit où ils se rendaient, ils durent traverser la ville, les habitants assistèrent à un étrange spectacle ; un homme noir et un blanc habillé en membre du Ku-Klux-Klan assis sur le même cheval déboulant au galop dans les rues. Un clochard à moitié ivre les regarda d’un air ahuri, puis après avoir examiné l’étiquette de sa bouteille, il la lança au loin avec dégoût.
Cerdan et Elmer montèrent en haut de la butte à la sortie de la ville et mirent pied à terre, puis ils se mirent à crier en se tournant dans tous les sens : « Bob ! Bob ! » Des curieux s’étaient approchés, en les voyant, Cerdan et Elmer redoublèrent de cris et de gesticulations : « Bob ! Bob ! Au secours ! Bob ! » Soudain, les deux hommes semblèrent s’évaporer en faisant onduler l’air comme une vague de chaleur.
Le silence retomba sur la scène, les curieux et les Klansmen en civil étaient figés de stupeur, ils se regardèrent les uns les autres et chacun retourna chez soi. Cet évènement a du être consigné quelque part d’une manière ou d’une autre, mais les esprits étroits et limités des personnes présentes ce jour là n’en ont pas été marqués.

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQSRSJIU82QLFs4ARgnC3hUsnSuG11HOyWpmuBFFi8Dh4_gSKbmElmer et Cerdan se dématérialisèrent dans le bâtiment principal du Fort Giordano Bruno d’où ils étaient partis. Cerdan portait toujours la tenue du Ku-Klux-Klan et Elmer ses propres vêtements. Ce dernier avait le corps et la figure couverts de plaies et de contusions, son visage était tuméfié, un de ses yeux était enflé et violacé et il avait perdu trois ou quatre dents.
« Ordinateur ! S’écria Cerdan, Hologramme Médical d’Urgence ! »
Un médecin virtuel apparut, il s’agissait d’un hologramme solide, capable d’interaction avec la matière. Il avait l’apparence d’un homme d’une quarantaine d’années au front dégarni et à la large bouche. « Occupez vous du Commodore. » Lui ordonna Cerdan.
« Attendez ! » Elmer et Cerdan, ainsi que l’Hologramme Médical d’Urgence  se retournèrent ; ils virent Bob assis confortablement dans un fauteuil en robe de chambre, les jambes croisées, en train de lire le journal en fumant sa pipe.
« Vous êtes content de ce que vous avez fait ? » Lui demanda Cerdan d’un ton plein de reproche.
« Tout à fait, répondit Bob, j’espère lui avoir donné une leçon. Pour ce qui est de son état, je m’en occupe, remballez votre hologramme. »
Il claqua des doigts, et Elmer fut instantanément guéri de ses blessures, il n’en restait plus une seule trace, ses dents avaient même repoussé. « Bon, vous avez gagné, dit celui-ci, j’ai compris le message ; je suis un salaud de traiter les yakis comme je le fais, alors que mes ancêtres ont été traités de la même manière il y a plusieurs siècles. D’accord, dorénavant, je me comporterai bien avec les extraterrestres. J’peux y aller, m’sieur ? »
« Mmmh ! » Fit Bob d’un air dubitatif.
« Sérieusement, continua Elmer, vous vous prenez pour qui ? Je n’ai de leçon à recevoir ni de vous ni de personne. J’en ai rien à foutre que mes ancêtres ont été oppressés. Les yakis sont une engeance, je ne peux pas les blairer, c’est comme çà et pas autrement. C’est moi qui commande ici, et je traite les yakis comme bon me semble, à moins de me tuer, vous qui êtes tout-puissant, vous ne pourrez pas m’en empêcher. Alors tuez moi ou dégagez ! »
Pour la première fois, on put voir de la colère dans les yeux de Bob, il se http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcR574tjQOUGsglp5ZfNSb-f5pAXgfFxIuNIjnEnTr0f8JlRCW3cewredressa sur son siège, tendit la main vers Elmer, comme s’il allait lancer une décharge d’énergie sur lui, mais il se reprit et retrouva son sourire débonnaire.
« Je vois, dit il, dommage, j’aurais voulu vous épargner le sort réservé aux gens de votre espèce. Les tyrans finissent toujours mal, c’est quelque chose d’immuable dans le monde de la vie intelligente. » Se tournant vers Cerdan, il ajouta : « J’espère que vous saurez réfréner sa cruauté, qui ne fera que grandir avec l’âge, il en est toujours ainsi.«  Enfin, il conclut : « Je vous aurais prévenus, bye, messieurs. » Sur ces mots, il s’évapora dans l’air comme un nuage de fumée.
Elmer continua à administrer la colonie de Galileo durant une dizaine d’années encore, puis des terriens progressistes alliés à des immigrés yakis militants pour les droits civiques organisèrent une révolte, au cours de laquelle le Commodore fut tué. Quant à Cerdan, il parvint à s’échapper à bord d’un vaisseau avec une poignée d’amis, et ils devinrent corsaires au service de l’empire galitien.


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