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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 05:44

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Chapitre 1 - Le Tremblement de terre

 

ch1-3.pnge train de San-Francisco était en retard. Il aurait du arriver à Hugson à minuit, mais il était déjà cinq heures du matin, et une aurore grisâtre se levait à l’est quand le petit train arriva lentement au hangar qui servait de gare.  Une fois que les machines furent stoppées, le conducteur annonça : « Hugson ! »
Aussitôt, la petite fille se leva de son siège et se dirigea vers la porte du wagon, transportant une valise d’osier d’une main et une cage à oiseau couverte de journaux de l’autre, tandis qu’un parasol était glissé sous son bras. Le conducteur l’aida à descendre et le machiniste fit repartir le train, qui avança doucement sur les rails en soufflant et en grognant. S’il était si en retard,  c’était parce que, durant la nuit, la terre avait tremblé, et le machiniste avait peur que les rails se tordent et qu’un accident arrive à ses passagers. C’est pourquoi il avait fait avancer les wagons lentement et avec précaution.
La petite fille resta là, à regarder le train s’éloigner jusqu’à ce qu’il disparaisse, puis elle se retourna pour voir où elle était.
Le hangar d’Hugson était vide, à l’exception d’un banc en bois qui semblait peu confortable.
En regardant le paysage baigné de lumière grise, elle s’aperçut qu’il n’y avait pas une seule maison aux alentours de la station, ni personne en vue. Mais au bout d’un moment, elle aperçut un cheval attelé à une calèche près d’un bosquet pas très loin. Elle s’avança dans cette direction, et s’aperçut que le cheval était attaché à un arbre, parfaitement immobile, sa tête pendant presque jusqu’au sol. C’était un grand cheval, avec de longues jambes, de gros genoux et de larges sabots. Elle pouvait compter ses côtes à travers sa peau, et sa longue tête semblait trop grande pour lui, comme si elle n’était pas adaptée à son corps. Les poils de sa queue étaient clairsemés, et son harnais qui avait été cassé à plusieurs endroits avait été réparé avec de la ficelle et du fil de fer. La calèche semblait presque neuve, il y avait un petit habitacle avec des rideaux. La petite fille aperçut un garçon profondément endormi sur le siège.


http://www.gutenberg.org/files/22566/22566-h/images/img019.jpg
Elle posa la cage à oiseaux sur le côté et secoua le garçon de la pointe de son parasol. Aussitôt, il se réveilla, se redressa sur le siège et se frotta énergiquement les yeux.
« Salut ! Dit il en la voyant, êtes vous Dorothée Gale ? »
« Oui, répondit elle, en regardant ses cheveux ébouriffés et ses yeux gris qui clignaient, êtes vous venu pour me conduire au Ranch d’Hugson ? »
« Bien sûr, répondit il, vous êtes venue en train ? »
« Je vois pas comment j’aurais pu venir autrement. » dit elle.
Il éclata d’un rire franc et joyeux. il sauta au bas de la calèche, rangea la valise de Dorothée sous le siège et posa la cage sur le plancher de devant.
« Des canaris ? » demanda-t-il.
« Non, ce n’est qu’Eurêka, mon chaton, je trouve que c’est le meilleur moyen de le transporter. »
Le garçon hocha la tête.
« Eurêka, c’est un drôle de nom pour un chat. » remarqua-t-il.
« Je l’ai appelé comme çà parce que je l’ai trouvé, expliqua-t-elle, Oncle Henry m’a dit qu’Eurêka çà veut dire j’ai trouvé. »
« Ah, d’accord. En voiture. »
Elle grimpa dans la calèche et il monta après elle. Puis le garçon se saisit des rênes, et les secoua en criant : « Hue ! »
Le cheval ne réagit pas. Dorothée crut voir une de ses oreilles bouger, mais ce fut tout.
« Hue ! » répéta le garçon.
Le cheval ne bougeait toujours pas.
« Peut être, dit Dorothée, que si vous le détachiez, il pourrait obéir. »
Le garçon se mit à rire joyeusement et sauta de la calèche.
« Je crois que je suis pas bien réveillé, dit il en détachant le cheval, mais Jim connait bien son boulot, n’est-ce-pas, Jim ? » Puis il lui caressa le museau avant de remonter dans la calèche et de reprendre les rênes, alors le cheval s’éloigna de l’arbre, le contourna doucement et s’engagea sur la route sablonneuse à peine visible dans la pénombre.
« J’ai bien cru que ce train n’arriverait jamais, dit le garçon, çà faisait cinq heures que j’attendais. »
« On a eu pas mal de tremblements de terre, expliqua Dorothée, vous n’avez pas senti le sol bouger ? »
« Si, mais on est habitué à ce genre de chose, en Californie, répondit il, çà nous fait pas trop peur. »
« Le conducteur du train a dit que c’était le pire tremblement de terre qu’il ait jamais vu. »
« Ah bon ? Alors çà a du arriver pendant que je dormais. » dit il pensivement.
« Comment va Oncle Henry ? » demanda-t-elle, après un moment de silence, pendant lequel le cheval avançait lentement à longues enjambées.
« Il va bien. Lui et l’Oncle Hugson s’entendent bien. »
« Monsieur Hugson est votre oncle ? » demanda-t-elle.
« Oui, Oncle Bill Hugson a épousé la sœur de la femme de votre Oncle Henry, nous devons donc être cousins éloignés, dit le garçon sur un ton amusé, je travaille pour l’Oncle Bill dans son ranch, il me paie six dollars par mois, et je suis logé et nourri. »
« C’est super ! » dit elle.
« Ouais, c’est surtout super pour Oncle Hugson, pas pour moi, je travaille dur. D’ailleurs, je travaille aussi bien que je dors. » ajouta-t-il en riant.
« Comment vous appelez vous ? » demanda Dorothée, qui commençait à apprécier les manières de ce garçon et sa voix pleine de gaité.
« Mon nom n’est pas bien beau, répondit il d’un air gêné, comme s’il avait eu honte,  je m’appelle Zébédiah, mais les gens m’appellent simplement Zeb. Vous êtes allée en Australie, je crois ?* »
« Oui, avec Oncle Henry, répondit elle, nous sommes arrivés à San Francisco il y a une semaine, et Oncle Henry s’est tout de suite rendu au Ranch d’Hugson pendant que je passais quelques jours en ville avec des amis que nous avons rencontrés. »
« Combien de temps resterez vous parmi nous ? » demanda-t-il.
« Une journée seulement, demain, Oncle Henry et moi devons retourner au Kansas. Çà fait longtemps que nous sommes partis, et nous avons hâte d’être chez nous. »
Le garçon donna un léger coup de fouet au cheval efflanqué, il semblait perdu dans ses pensées. Puis, alors qu’il s’apprêtait à dire quelque chose à sa petite compagne, la calèche fut secouée violemment d’un côté et de l’autre, et la terre sembla se dresser devant eux. L’instant d’après, il y eut un grondement et une explosion, et de son côté, Dorothée vit une grande fissure s’ouvrir dans le sol qui se referma aussitôt.
« Bonté divine ! S’écria-t-elle en agrippant la rambarde de la calèche, c’était quoi, çà ? »
« C’était un sacré tremblement de terre, répondit Zeb, qui était devenu blanc, on a bien failli y passer, Dorothée. »
Le cheval s’était arrêté net, et restait immobile comme un roc. Zeb secoua les rênes et lui ordonna d’avancer, mais Jim était têtu. Alors le garçon fit claquer son fouet et en donna un coup sur les flancs de l’animal, et après un gémissement de protestation, Jim se remit en route.
Pendant les minutes qui suivirent, aucun des deux ne dit un mot. Il y avait du danger dans l’air, et à chaque instant la terre menaçait de se remettre trembler. Les oreilles de Jim étaient dressées, et chaque muscle de son grand corps était tendu. Il n’allait pas très vite, mais sur ses flancs apparaissaient des tâches de mousse, et parfois, il se mettait à trembler comme une feuille.
Le ciel s’était encore assombri, et le vent produisait une plainte étrange qui parcourait la vallée.
Soudain, il y eut un bruit déchirant, et une nouvelle fissure s’ouvrit juste en dessous du cheval. Avec un hennissement de terreur, l’animal tomba dans l’abîme, entrainant la calèche et ses occupants avec lui.
Dorothée et le garçon s’agrippèrent à la calèche, cette chute soudaine dans le vide les secoua tellement qu’ils n’arrivaient pas à réfléchir.
Quand ils se retrouvèrent engouffrés dans les ténèbres, ils retinrent leur respiration, s’attendant à s’écraser sur les rochers ou à ce que la terre se referme sur eux et les ensevelisse à jamais dans ses profondeurs.
Cette horrible sensation de chute, les ténèbres et le bruit terrifiant étaient plus que ne pouvait endurer Dorothée, et la petite fille perdit conscience un instant. Zeb, qui était un garçon, ne perdit pas conscience**, mais il était terrorisé, et il s’agrippait de toutes ses forces à la rambarde de la calèche, s’apprêtant à vivre ses derniers instants d’un moment à l’autre.

 

http://www.gutenberg.org/files/22566/22566-h/images/i028.jpg


* Dans le 3e opus : « Ozma la Princesse d’Oz » (NDT)
** Désolé, c’est L. Frank Baum qui le dit, pas moi. (NDT)

 

 

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Published by Wolfram - dans Merveilleux
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