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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 08:35

La ceinture d’astéroïdes

 

 

À bord du Galitana, tout le monde était sur le pied de guerre depuis l’annonce de l’attentat contre Pandital, et encore plus depuis sa mort. Ils s’apprêtaient à mettre le vaisseau en route vers la terre, ils n'attendaient que le signal d’Ochonios.
Soudain, une enseigne signala une activité anormale aux limites de l’héliosphère. On ne pouvait pas encore distinguer ce que c’était, mais quoi que ce fut, c’était gigantesque. Un astéroïde géant, une planète éjectée de son orbite, autre chose ?
Le lieutenant Dore, l'androïde officier scientifique, interpella le capitaine Épatil :
"Monsieur, nous avons un contact visuel."
"Sur écran !" ordonna le capitaine.
Tous les membres de la passerelle eurent le souffle coupé en voyant une armada de gigantesques vaisseaux spatiaux étrangers, escortés par des milliers de soucoupes volantes argentées faisant route vers le centre du système solaire. Ils étaient encore au niveau de la ceinture de Kuiper, mais ils progressaient rapidement.
La technologie de ces étrangers semblait bien plus évoluée que la leur. Ils n’arrivaient pas à scanner leurs bâtiments, tandis qu’eux scannaient le leur avec aisance, détaillant chaque objet et chaque organisme se trouvant à son bord.
"Alerte rouge !" s’écria le capitaine.
"Déployez le bouclier, armez les torpilles !" ordonna Skop l’officier de la sécurité.
"Bien," dit le commandant, "nous sommes prêts à toute éventualité. Ouvrez une fréquence avec les étrangers."
Un homme revêtu de blanc apparut sur l’écran, avec un triangle et une étoile de David insérée dedans brodée sur la poitrine, la taille svelte, un visage allongé, les yeux d’un bleu intense et de longs cheveux blonds lui tombant dans le dos. Le commandant du Galitana se présenta :
"Je suis le capitaine Épatil du vaisseau Galitana, veuillez vous identifier."
L’étranger répondit d’une voix pleine de douceur :
"Mon nom est Eluel, du peuple des Séraphim, nous venons d'une planète située dans le petit nuage de Magellan. Nous venons secourir la terre. Veuillez retourner dans votre système solaire, vous n’avez rien à faire dans celui-ci."
Le capitaine Épatil passa sa main en travers de sa gorge, ce qui veut dire la même chose sur Galita que sur la terre : "Coupez la communication."
Il ouvrit une fréquence avec la terre pour avertir Ochonios, mais ce dernier n’était pas disponible ; il était en train d’assister à l’exécution de Morillon et de Ménuin et il ne fallait surtout pas le déranger. Épatil rétablit la communication avec Eluel, et il lui dit :
"Eluel, veuillez faire demi-tour, ou nous devrons ouvrir le feu."
Eluel resta impassible, il ne prit même pas la peine de répondre. Les vaisseaux titanesques continuaient leur avancée, ils avaient dépassé l'orbite de Neptune et ils s’approchaient de plus en plus.

 


Le capitaine Épatil lança d’un ton grave :
"Eluel, ceci est ma dernière sommation, faites demi-tour ou nous ouvrons le feu !"
Épatil était un homme sage, diplomate de vocation, et il détestait en arriver au conflit armé. Mais comme il avait fait serment de loyauté à ses seigneurs, il était contraint d’agir ainsi. Il répéta sa "dernière sommation" cinq fois avant de s’écrier :
"Feu !"
Des torpilles photoniques jaillirent du Galitana et se heurtèrent à un impénétrable bouclier invisible qui entourait l’armada des Séraphim. Ceux-ci continuaient inexorablement, imperturbablement leur avancée. Épatil lança toutes les munitions que recélait le vaisseau, en vain, alors il se résolut à lancer le Galitana lui-même sur la flotte ennemie dans un dérisoire assaut-suicide.
Mais il n'en eut pas le temps, car les lumières s’éteignirent brusquement, les moteurs tombèrent en panne, ainsi que les champs de gravité artificielle et les champs d’inertie. Les objets et les hommes se mirent à flotter dans l’obscurité totale. Il n’y avait plus que les systèmes vitaux qui fonctionnaient encore, l’alimentation en oxygène , la "ceinture de Van Allen" artificielle, les synthétiseurs de nourriture ainsi que les équipements médicaux, grâce à un système de sabotage discriminatoire.
La flotte d’Eluel passa aux côtés du Galitana réduit à l’impuissance, et qui dérivait erratiquement entre Mars et Jupiter.

 


La guillotine


On aurait pu dire que c’était la fin ; Ochonios était devenu le souverain de la terre, et les belles doctrines de l’Isarisme étaient oubliées. Il avait décidé de mettre un terme à cette ridicule comédie d'extraterrestres divins en se faisant appeler par son vrai nom et en ne cachant plus ses origines. Il s'était fait intrôniser Roi de la Terre sous le nom d'Ochonios 1er.
Désormais, il se montrait tel qu’il était ; un jeune aristocrate tyrannique et arrogant qui réorganisait ce monde à son goût.
Il avait programmé la double exécution de Morillon et de Ménuin en premier, elle devait avoir lieu place de l’Hôtel de Ville à Paris, devant les caméras du monde entier, les autres suivraient selon leur degré d'implication dans le complot dont il se disait l'objet
On avait installé des gradins, au premier rang, une tribune spécialement aménagée était réservée à Ochonios qui, tel un empereur romain et sa cour dans un cirque antique, était entouré de nobles galitiens qu'il avait conviés à l'évènement, ainsi que des notables terriens qui n'avaient aucun scrupule à collaborer avec l'occupant. Ainsi, dans une ambiance mondaine, ils allaient assister avec lui à la mort de ses ennemis.
Une guillotine était dressée sur une estrade, on y accédait par une dizaine de marches en bois, celles que monteraient bientôt Morillon et Ménuin.

 

 


Océan indien

 

Au large des côtes indonésiennes, une tempête se préparait. Les galitiens avaient établi un contrôle climatique assez efficace, ayant l’avantage de réduire la fréquence et l’ampleur des intempéries, mais ne pouvant les supprimer complètement.
Bien que les tempêtes fussent devenues plus rares, certaines étaient encore imprévisibles, comme celle qui se précisait dans le ciel avec une inquiétante accumulation de nuages noirs.
Heureusement, on avait eu le temps de donner l'alerte pour que les bateaux de la région rejoignent le port le plus proche et que les autres restent à quai. Il n’y avait qu’un petit esquif transportant de la drogue et des
armes qui rôdait par là malgré le danger, s’efforçant de gagner les côtes de l’Indonésie pour fuir les autorités.


Malgré le système de "société sans argent", il y avait toujours des pirates et des contrebandiers pour faire le trafique de produits illicites comme la drogue, l’alcool, le tabac, les armes ou l’or. En effet, la plupart des humains avaient gardé leur attrait pour ces choses et pour les richesses qu’elles rapportaient, même si officiellement elles ne valaient plus rien.
Beaucoup se disaient que la "société sans argent" ne durerait pas et qu’il valait mieux se préparer à son retour. De toute façon, avec la mort de Pandital et la prise en main des affaires par Ochonios, çà en prenait le chemin.
La paix universelle était en train de vaciller - ces derniers temps, les conflits locaux qui s'étaient éteints se ranimaient, les anciens chefs d'état et les anciens chefs religieux, qui commençaient à retrouver un peu de leur autorité, avaient formé des mouvements de résistance un peu partout dans le monde. L'armée d'Ochonios qui avait fusionné avec celle de Pandital, devait mater de plus en plus de rébellions.

 

Les pirates étaient six, le capitaine était chinois, il y avait trois malais, un indonésien et un allemand. Ils communiquaient entre eux dans la langue de leur capitaine, le chinois mandarin, et parfois en anglais.
Ce jour là, chacun poussa des exclamations dans sa langue natale en voyant la tempête s’approcher d’eux. Ils n’eurent pas le temps d’abaisser la voile que le bateau se retrouva dans un tourbillon effroyable et se coucha sur l’eau. Les hommes furent entrainés par les flots sans pouvoir se retenir à quoi que ce fut, ils étaient condamnés à une noyade certaine.

 


Soudain, la scène se figea littéralement, les vagues s’immobilisèrent, comme si elles avaient été instantanément gelées, le vent tomba d’un seul coup et le temps sembla s'arrêter.
Les six hommes flottaient doucement, l’eau avait pris la texture d’une épaisse gelée dans laquelle ils ne s’enfonçaient pas. Puis une lumière aveuglante perça les nuages, accompagnée d’un doux sifflement qui s’amplifia au point de devenir insupportable.
Alors ce fut le silence, la lumière baissa d’intensité et ils purent distinguer une gigantesque soucoupe volante flottant au dessus des flots, elle ne ressemblait en rien aux appareils des galitiens, même aux fausses soucoupes volantes qu'ils utilisaient au début, quand il se faisaient passer pour des Séraphim, celle ci était bien plus grande que toutes celles qu'ils avaient déjà vues.
Une ouverture se forma dans la coque de l’appareil, une silhouette en sortit, c’était un homme, ou du moins une créature y ressemblant, les traits à la fois étrangers et familiers, vêtu d’une combinaison blanche. Il flottait dans l’air en position debout, comme en lévitation.
Il pencha la tête pour regarder les hommes, fit un geste, alors ils se retrouvèrent hissés vers le haut par une force invisible et furent amenés à l’intérieur de la soucoupe volante.
Ils se retrouvèrent dans une salle blanche complètement vide, l’étranger était avec eux, il leur parla et chacun l’entendit s’exprimer dans sa propre langue, qui en chinois, qui en malais, qui en indonésien, qui en allemand. Il leur dit :
"N’ayez crainte, nous sommes venus à votre secours."
Les hommes crurent qu’il parlait d’eux en particulier et ils ne se posèrent pas plus de question. Sur leur demande, l’étranger les déposa à Kuala Lumpur et il s’éloigna dans son immense soucoupe volante argentée.

 


L'exécution

 


En France, la dernière exécution a eu lieu à Marseille, aux Baumettes, c’était celle d’Hamida Djandoubi, le 10 septembre 1977. Comme chacun sait, la peine de mort a été abolie en 1981, elle a été rétablie par Ochonios.
Debout dans sa tribune, en tenue martiale d’aristocrate galitien, il rappelait les dictateurs du passé terrestre. Morillon et Ménuin furent amenés en camionnette, les mains liées derrière le dos et brutalement poussés dans l’escalier menant à l’échafaud.
Ménuin était malade, il était tout blanc et vomissait presque à chaque pas. Il n’avait même pas la force de résister. Quant à Morillon, il semblait étrangement calme et serein.

 

 

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