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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 12:39


Deux journalistes suisses, Daniel Briant et Elisée Macron, avaient sollicité une interview du "Maître des Maîtres". Leurs noms ne lui disaient rien, pourtant il connaissait presque tous les journalistes européens. Il vérifia sur internet et trouva plusieurs sites d'informations sérieux qui les mentionnaient, leurs références semblaient bonnes et ils bénéficiaient d'une réputation de neutralité à l'image de leur pays.
Il accepta donc l'interview et les invita à lui rendre visite dans sa forteresse des Laurentides.
Accompagnés d'un caméraman et d'un preneur de son, ils arrivèrent en fin d'après midi en Land Rover chargée de matériel vidéo, la région était sauvage et loin de toute civilisation, après une heure de trajet assez facile depuis Montréal, d'où ils étaient sensés être partis, ils avaient du rouler plus de deux heures dans des chemins cahoteux peu praticables en véhicule, il n'y avait qu'un van tout terrain comme le leur capable d'effectuer un tel trajet.

Non sans mal, ils étaient parvenus à l'ambassade stellaire, dressée au cœur d'une forêt de bouleaux et de hêtres, elle était entourée d'une haute barrière tressée de barbelés et l'entrée était gardée par des hommes armés.
Ils durent franchir plusieurs portails et justifier de leurs identités à plusieurs reprises avant d'être introduits dans le complexe ressemblant à un gigantesque décor de film de science-fiction, des structures d'un kitsch de mauvais goût qui se voulaient futuristes, entourant une piste circulaire de la taille d'un terrain de football, la piste d'atterrissage pour soucoupes volantes, au bord de laquelle se dressait un bâtiment aux lignes plus classiques ressemblant à une maison de campagne.

Deux gardes les précédèrent dans un petit véhicule électrique pour les guider, ils traversèrent la piste dans toute sa largeur pour accéder au pavillon, se garèrent devant, on les fit entrer et ils durent patienter une dizaine de minutes dans un salon sobrement décoré.
Les techniciens commençaient à installer leur matériel, quand Etienne Morillon fit une entrée solennelle, revêtu de sa combinaison blanche avec le symbole Isarien sur la poitrine.
D'emblée, il fixa les règles comme il l’avait fait avec Grégoire Ménuin et tous les autres journalistes  :
"J'attends de vous, messieurs, la même déférence et le même respect que vous auriez pour le Pape ou le Dalaï Lama."
Puis il les invita à s'asseoir et l’interview put commencer. Daniel Briant lui posa les questions habituelles sur les origines de son église et sa doctrine.
Morillon raconta, pour la N-ième fois, sa rencontre avec les extraterrestres, et il exposa, une fois de plus, la mission dont ils l’avaient chargé.
Il leur donna une foule de détails sur ces êtres qu’il disait connaître intimement, il leur décrivit leur monde, leur civilisation, leur technologie. Il évoqua Moïse, Jésus, Mohammed et Bouddha ressuscités grâce à la technique du clonage, enfin, il parla de l'Âge d'Or à venir qu'amèneront les Séraphim quand ils se révèleront à l'humanité..
À la fin de l’entretien, alors que Morillon s’apprêtait à leur donner congé, Elisée Macron lui demanda :
"Maitre des Maitres, puis-je me permettre une dernière question ?"
"Faites donc." répondit il.
"Que diriez vous si je vous annonçais que nous sommes nous-mêmes des extraterrestres ?"
Morillon eut un sourire crispé, ne s'attendant pas du tout à ce genre de réflexion, pourtant, il en avait entendu depuis trente ans qu'il dirigeait l'église Isarienne.
"Très drôle, messieurs, mais vous m'excuserez, je suis occupé et je vais devoir vous quitter."
"Mon compagnon est très sérieux," intervint Briant, "comment réagiriez vous si vous appreniez que mon collègue et nos techniciens sommes des extraterrestres ?"

Morillon observa rapidement les quatre hommes qui le regardaient en souriant, il se fit la remarque que certains traits de leur visage était un peu singuliers, leurs yeux avaient l'air plus grands que la normale et légèrement bridés et leur torse semblait plus large que la moyenne, comme chez les habitants des Andes en Amérique du Sud, mais cela n'avait rien de vraiment exceptionnel. Cependant, une sourde angoisse bouillonnait au fond de lui, sur le point d'émerger, il parvint à la réprimer et répondit :
"Eh bien, je vous demanderais de le prouver."
"Je vois" dit Macron, "vous n'êtes pas aussi naïf que vos adeptes."

"J'ai pris des renseignements sur vous, même si je ne vous connaissais pas avant, je sais que vous êtes des journalistes ayant une certaine renommée, je ne vois pas l'intérêt d'une telle mise en scène."

"Tout est faux," répondit Macron, "nos identités, nos références, tout a été inventé pour vous faire tomber dans le panneau. Que croyez vous ? Notre technologie a des siècles d'avance sur la votre, croyez vous que manipuler les bases de données de votre primitif système informatique soit impossible pour nous ?"

"Mmoui !" fit Morillon d'un ton distrait, tout en pressant discrètement le bouton d'une télé-alarme accrochée à son cou, "bon, dépêchez vous de me dire où vous voulez en venir, je commence à ne plus vous trouver très drôles, et je vous serai reconnaissant de ..."

À ce moment là, six gardes du corps en uniformes, armés de matraques et de phazers, entrèrent dans la pièce et entourèrent les journalistes et leurs assistants.

"... de prendre congé sans tarder, j'ai beaucoup à faire."

"Est ce là une façon de traiter des visiteurs ? Des visiteurs qui ont fait tant de chemin pour vous rencontrer !" dit Macron que l'arrivée des agents de sécurité n'avait pas troublé.

"Virez moi ces cons !" leur ordonna Morillon, mais ils n'eurent pas le temps de faire un geste que Macron sortait un objet de sa poche, çà ressemblait à la combinaison d'une arme à feu du XVIIIe siècle à la crosse de bois et d'un pistolet laser de série de SF, un éclair blanc en surgit qui les foudroya, et ils s'écroulèrent tous les six sans connaissance sur le sol.
Morillon sursauta violemment :
"Qu’avez-vous fait ?"
"Gardez votre calme !" lui ordonna Briant, pendant que Macron sortait un genre de téléphone portable en acajou avec des touches de nacre d'une autre poche, il dit quelques mots dans une langue inconnue, puis un sifflement résonna à l'extérieur. Morillon regarda par la fenêtre et à sa grande stupeur, il vit une soucoupe volante argentée de la taille d'une camionnette, en tous points semblable à celles qu'il décrivait dans ses livres, atterrir sur la piste de l’ambassade stellaire.
"Bravo, messieurs !"  s’écria-t-il,  "votre coup monté est réussi  et convainquant, vous êtes très forts !"
"Ce n’est pas un coup monté," répondit Briant, "nous sommes réellement des extraterrestres."
Morillon resta un instant figé, puis il dit :
"Ce n'est qu'un vulgaire canular destiné à me ridiculiser, je ne me laisserai pas abuser !"
"Puisqu'on vous dit que ce n'est pas un canular,"  répondit Macron, "vous êtes vraiment difficile à convaincre, nous sommes pourtant bel et bien des extraterrestres, regardez nous, nos visages, notre allure, ils sont un peu différents de ceux des terriens, çà se voit, quand même..."

Morillon convaincu d'être victime d'une habile mise en scène, regardait autour de lui pour détecter des dispositifs d'effets spéciaux, il n'était pas question de se faire ridiculiser dans une vulgaire caméra cachée qui ferait instantanément le tour de la planète, il était résolu à garder une attitude sceptique, et la sourde angoisse qu'il avait ressenti le reprit, plus difficile à réprimer.

"En effet," répondit il avec un petit rire forcé, "vos visages ont quelque chose de singulier et vous êtes baraqués, mais çà n'a rien d'exceptionnel, il en faut plus pour m'avoir."

"Nous avons neutralisé vos gardes sous vos yeux avec notre technologie."

"La technologie terrestre est tout à fait capable de ce genre de chose, et qui me dit que ces gardes ne sont pas vos complices ?" ajouta-t-il en donnant un léger coup de pied dans les côtes de l'un des hommes inconscients sur le sol.

"Et cette soucoupe que nous avons fait atterrir sous vos fenêtre ?"

"Bah ! L'armée américaine a déjà construit ce genre d'engin, rien de bien exceptionnel non plus, ma foi, vous en avez construite une vous même en lui donnant l'allure de celles que je décris."

"Vous avez raison, c'est une soucoupe volante de notre fabrication basée sur vos croquis. En vérité, il ne nous viendrait jamais à l'idée de construire de tels engins, mais comme pour vous, les terriens, un extraterrestre sans soucoupe volante n'est pas digne de ce nom, nous avons cru bon de recourir à ce subterfuge.  Accepteriez d'y jeter un œil ?"

"Si vous y tenez..." répondit Morillon sans se départir d'une certaine contenance, toujours tenaillé par cette angoisse qu'il tâchait de dissimuler du mieux qu'il pouvait.

Il sortit avec les quatre hommes, et ils se rendirent au centre de la piste où avait atterri la soucoupe. Avec ses lignes minimalistes, elle était en tous points semblable à celles qu'il représentait dans ses livres, en forme de cloche aplatie, avec des hublots tout autour et posée sur trois pieds, la soucoupe volante classique rappelant celle des envahisseurs de la série télé des années soixante.

 

Des marches se déployèrent du dessous et ils montèrent à bord.

Ils se retrouvèrent tous les cinq entassés dans un étroit cockpit, avec une console de pilotage dont Briand actionna les boutons, et l'engin décolla doucement avec un doux sifflement.

"Intéressant, c'est américain, japonais ou coréen ?" demanda-t-il d'un air détaché.

"Aucun, nous avons utilisé la technologie et des matériaux de notre planète," répondit Briant, "et elle fonctionne sur un principe scientifique encore inconnu chez vous, à vrai dire, nous savons faire beaucoup mieux. Elle n'est conçue que pour voler dans l'atmosphère terrestre, il serait impossible de voyager dans le vide interplanétaire avec. Pour cela, nous avons de vrais vaisseau spatiaux, d'ailleurs, nous allons en rejoindre un qui est posé un peu plus loin."

"Dévoiler votre existence ?"

"Exactement, nous allons vous expliquer tout cela."

Toujours résolu à rester sceptique, Morillon se composa une expression amusée et garda le silence tout le reste du trajet.

Ils volèrent sur plusieurs kilomètres vers le nord jusqu'à une clairière où était posé un vaisseau d'allure archaïque de la taille d'un yacht, sa forme fuselée rappelait vaguement un dirigeable du début du vingtième siècle, avec ses ailerons en forme d'ailes de chauve-souris, sa coque en plaques de métal cuivré fixées par de gros écrous et ses hublots ronds comme ceux d'un antique paquebot, il évoquait les dessins de Robida.

 


"Vous vous fichez de moi ?" s'écria Morillon avec un éclat de rire, "vous croyez que votre décor de carton pâte va m'impressionner ?"

"Voici le Terfand," annonça Macron en ignorant ces remarques, "une des meilleures navettes du Galitana, notre vaisseau-mère stationné dans la ceinture d'astéroïdes, c'est celle que nous empruntons toujours pour venir sur votre planète. Malgré son aspect qui vous parait rétro, c'est une merveille de technologie : elle peut voler en vitesse de distorsion, elle est pourvue d'un champ magnétique artificiel, d'une gravité artificielle, d'un champ d'inertie, d'un champ de contention, l'oxygène est fourni par les synthétiseurs qui peuvent en produire à l'infini, ainsi que de l'eau et de la nourriture, les cristaux de dilithium qui alimentent les moteurs peuvent durer plusieurs dizaines d'années, de plus, elle comprend des lieux de vie et un service médical complet qui permet de vivre très longtemps en autarcie si nécessaire."
"Oooh !" fit ironiquement Morillon, qui commençait à trouver que pour une mise en scène, çà allait quand même loin, ces farceurs avaient décidément beaucoup investi pour une simple blague, quelle chaine de télévision était prête à débourser tant d'argent uniquement pour le piéger ?
Ils montèrent par une plate forme qui s'était déployée à leur approche, une fois à l'intérieur, Morillon dut se rendre à l'évidence que ce n'était pas un décor de carton pâte comme il l'avait cru, le vaisseau était un véritable assemblage de métaux divers et d'essence de bois précieuses, il était en train de traverser les couloirs d'un vaste bâtiment avec des tuyaux cuivrés formant des coudes et des jonctions le long des murs, il passa devant plusieurs pièces contenant des appareillages complexes jusqu'à l'endroit que ses hôtes appelaient "poste de pilotage", Macron s'installa devant un tableau de commandes en acajou, ou d'une essence de bois similaire, avec des leviers en ivoire et des touches de nacre qu'il se mit à actionner.

En regardant par un hublot, Morillon se rendit compte que l'incroyable engin dans lequel il venait d'embarquer décollait, puis il fila tout droit vers le ciel sans qu'il ne ressentisse le moindre déplacement ni la moindre accélération. Il essaya de se persuader que c'était un habile trucage, une vidéo projetée sur les hublots, mais il commençait à soupçonner que tout cela était bien réel, et son angoisse, qui s'était quelque peu estompée, se ranima vivement.

Avec stupéfaction, il constata qu'ils sortaient de l’atmosphère et en un rien de temps, ils se dirigèrent vers la Lune, la dépassèrent et bientôt, un disque rouge orangé se mit à grossir dans le hublot, c’était déjà la planète Mars. Quatre vingt millions de kilomètres venaient d’être franchis comme on enjambe le seuil d’une maison. Mais le vaisseau continua sans s'arrêter, la planète Mars passa comme un poteau devant la fenêtre d'un train, ils volèrent encore quelques minutes puis ils ralentirent.

Morillon était sans voix, il avait abandonné sa bravache contenance et son air suspicieux, son angoisse était maintenant mêlée de curiosité.

Ils s'approchaient d'un astéroïde qui flottait devant eux dans le vide et s'arrêtèrent à quelques mètres. Une ouverture rectangulaire lumineuse se découpa dans la roche, révélant un hangar où ils s'engagèrent, un ruban d'éclairs crépitants se dessina autour de la navette, la balayant sur toute sa longueur à mesure qu'elle franchissait l'entrée, ce phénomène révélait le champ de contention qui empêchait l'air de s'échapper.
Une fois qu'ils furent à l'intérieur, Macron coupa les moteurs, il ouvrit la porte, la plate forme se déploya et il invita Morillon à descendre.

 


Le hangar était immense, éclairé par une lumière blanche aveuglante, autour de lui, il distingua une dizaine d'autres vaisseaux semblables au Terfand stationnés en rangs. Il mit sa main devant ses yeux le temps qu'ils s'accoutument à cette clarté presque surnaturelle, puis il vit l'espace ouvert devant lui à travers le champ de contention. Il s'avança en tendant la main, mais Briant lui saisit le bras.

"Ne faites pas cela !" lui cria-t-il, "si vous sortez votre main, elle va geler instantanément. Éloignons nous d'ici, le champ de contention laisse passer des radiations auxquelles il vaut mieux éviter de s'exposer."

Comme dans un rêve, tandis que les lourdes portes du hangar se refermaient sur le vide spatial, il suivit les deux hommes dans un dédale de couloirs aux murs sillonnés de tubes cuivrés, comme sur le Terfand, et ils croisèrent des personnes en tenue militaire qui le regardaient avec curiosité.

À un moment, ils empruntèrent une sorte d'ascenseur ultra rapide où, là non plus, il ne ressentit aucune accélération. Après avoir franchi plusieurs niveaux et quelques autres couloirs, ils pénétrèrent dans une grande salle aux murs couverts d'écrans et de consoles avec des hommes et des femmes en uniforme qui s'affairaient dessus, c'était la passerelle
Ce qui le frappait, c'était le style vieillot de l'ensemble ; l'ameublement, les vêtements et la technologie pourtant en avance de plusieurs millénaires sur la nôtre. L'ensemble avait un cachet "steampunk" qui évoquait les livres de Jules Verne.
Les structures des consoles de commandes étaient en bois verni, les parties métalliques avaient une couleur cuivrée, les manettes et les boutons étaient en ivoire et en nacre, les sièges étaient en velours matelassé, des tentures brodées décoraient les murs, les uniformes de l'équipage avaient un style qui rappelait le dix neuvième siècle européen. Il se serait cru dans le Nautilus du Capitaine Némo ou l'Albatros de Robur le Conquérant.

 


C'en était trop, Morillon était livide, au bord de la syncope, Macron lui tendit un objet qui ressemblait à un inhalateur de Ventoline :
"Prenez," lui dit il, "çà ira mieux."
Morillon inhala une bouffée et il se sentit plus détendu.
"Qui êtes vous ?" articula-t-il enfin.
"Je suis le Prince Ochonios," répondit Macron, "et voici mon frère, le Prince Pandital, nous venons de la planète Galita, à six ou sept années-lumière de votre système, autant dire dans le voisinage. Nous sommes les fils de l'Empereur Erkenios II. Évidemment, tout cela ne vous dit rien, puisque nous n’avons, jusque là, jamais eu de contact officiel avec votre planète."
"Où sommes nous ?"
"Nous nous trouvons actuellement dans la ceinture d’astéroïdes, à cinq cent millions de kilomètres de la terre."
"Non, " répondit Morillon qui trouvait déjà cette information banale, peut être grâce à l'inhalation qu'il venait de prendre, "
je veux parler de cet endroit, la structure à l'intérieur de laquelle nous sommes."
"Nous sommes à bord du Galitana," répondit Ochonios, "c'est notre vaisseau-mère, comprenant cinq mille personnes à son bord, essentiellement des soldats, des scientifiques et des techniciens. Il mesure une dizaine de kilomètres d‘envergure, comme vous l'avez constaté, il est aménagé à l'intérieur d'un astéroïde évidé où l'on a placé les moteurs, les salles de contrôle et les différents lieux de vie.
"Il n'y a pas de meilleures protections contre les radiations cosmiques," expliqua Pandital, "cette protection est renforcée par un champ magnétique artificiel qui joue le rôle d’une ceinture de Van Allen miniature, il éloigne aussi les météorites en déviant leur course si elles s’approchent trop. Certaines percutent quand même le vaisseau, mais la masse de pierre dont il est fait absorbe généralement bien le choc."

 


"Cela présente un autre avantage," ajouta Ochonios, "nous pouvons nous placer en orbite dans votre système solaire en toute discrétion. Si, par le plus grand des hasards, un astronome détectait notre présence, il croirait à un astéroïde encore non répertorié, alors il nous répertorierait, nous donnerait un nom amusant et nous ajouterait à la liste des corps de la ceinture d'astéroïdes."
"Vous aurez sans doute constaté que nous ne sommes pas en apesanteur, nous générons un champ de gravité artificiel reproduisant celle de notre planète, qui est quasiment la même que celle de la Terre.  Nous utilisons aussi un champ d’inertie."
"Un champ d'inertie." répéta Morillon.
"S'il n'y avait pas de champ d'inertie," expliqua Ochonios, "les occupants du vaisseau seraient écrabouillés contre les parois lors des accélérations supra-luminiques.
"Je vais vous présenter l'équipage," lui dit Pandital, "tout d'abord, voici le capitaine Épatil, commandant de ce vaisseau."
Épatil était un homme mince, d‘âge mur, le front dégarni avec une couronne de cheveux gris entourant sa nuque, il fit un signe de tête que lui rendit poliment Morillon.
"Le lieutenant Dore," continua Ochonios, notre officier scientifique."
Il ne s'agissait pas d'un humain mais d'un androïde au teint pâle qui le salua silencieusement de la tête.
"Monsieur Dore est un homme artificiel," commenta Pandital, "mais il possède les mêmes qualités qu'un véritable humain."
"Et les mêmes défauts." ajouta l'intéressé non sans humour.
En lui présentant un individu à la peau matte, grand, musclé, aux larges épaules, avec un front proéminent, le nez écrasé et de longs cheveux noirs qui lui tombaient sur les épaules, portant une bandoulière brodée d'or en travers du torse en plus de l'uniforme galitien.
"Le lieutenant Skop, notre officier de la sécurité," enchaina Ochonios, "et enfin, le lieutenant Elian notre ingénieur en chef."
C'était un homme noir de taille moyenne, il portait ce qui ressemblait à des lunettes de soudeur, avec des verres sombres et épais, Morillon ne pouvait s'empêcher de se demander s'il voyait clair avec çà.
Une fois les présentations faites, il osa une observation :
"Vous parlez dans votre langue, et pourtant je vous comprends, comment cela est il possible ?"
L'androïde, monsieur Dore, répondit à sa question :
"Il s'agit d'un traducteur universel, comme on en voit souvent dans vos films de science-fiction, cela consiste en un appareillage qui envoie une onde vers votre cerveau pour vous donner une parfaite compréhension de ce qui se dit, en contrepartie, mes compagnons perçoivent une onde semblable qui leur permet de comprendre ce que vous dites dans votre propre langue. Quant à moi, en tant que forme de vie artificielle, mes processeurs contiennent toutes les langues connues de l'empire et de votre planète, c'est pourquoi je m'adresse à vous directement en français."
"Vous venez tous de monde différents ?" demanda Morillon.
"En effet," répondit Elian, " je viens de Galita comme les Princes Ochonios et Pandital et notre capitaine, mais le lieutenant Skop est natif d'une planète colonisée par l'empire, ils est aussi humain que vous et moi, en dépit de quelques différences propres aux habitants de son monde d'origine."
"Il semble que la vie ait évolué à peu près de la même manière dans l’univers," expliqua Ochonios, "preuve en est notre physique similaire au votre, nous n’avons même pas besoin de nous déguiser pour nous mêler à vous. Vous aviez raison sur ce point : les extraterrestres vous ressemblent beaucoup."
"Et la terre, dans tout çà ?" se hasarda à demander Morillon.
"Elle n’appartient pas à l’Empire, d'ailleurs, notre père ne s'y intéresse pas, de plus, elle est protégée par une directive interdisant toute interférence avec une civilisation étrangère. Cependant, nous comptons détourner cette directive pour
la coloniser à notre compte."
"Hein ?" s’écria Morillon.
"N’ayez pas peur," intervint Ochonios, "nous voulons préserver les habitants, qui travailleront pour nous. En retour, nous leur assurerons la sécurité matérielle, la mise à disposition de notre médecine et une partie de notre technologie. Croyez moi, votre peuple va connaître un véritable Âge d’Or tel que vous l'avez promis."

 


"Mais nous serons vos esclaves."
Pandital haussa les épaules :
"Esclaves, c'est un bien grand mot, disons nos sujets, mais la qualité de vie des terriens va tellement s’améliorer qu’ils seront heureux de nous être asservis."
"Qu’attendez vous de moi ?"
"Nous allons nous aider mutuellement ; en révélant notre existence aux terriens et en nous faisant passer pour les Séraphim dont vous parlez, vous gagnerez ainsi une crédibilité dont vous avez cruellement manqué jusque là et la gloire, n'est ce pas une idée séduisante ? Qui n'aime la gloire, même basée sur une supercherie ?"

Malgré lui, Morillon caressait cette séduisante perspective et devint pensif quelques minutes. la voix de Pandital le fit revenir à lui :

"Il faudra nous présenter comme des sauveurs, ce que nous serons en fait, car vous êtes plutôt mal partis avec vos industries salissantes et l’atome que vous maniez à tort et à travers. Il est très probable que nous vous épargnions de terribles catastrophes. Les nations seront abolies au profit d'un gouvernement planétaire unique et vous deviendrez le Gouverneur Général, vous instaurerez alors votre "démocratie sélective" au n'importe quel autre régime à votre convenance."

"Comment comptez vous procéder ?"

"Tout d'abord, comme je vous le disais, il va falloir révéler notre existence à l'humanité, c'est vous qui en serez chargé, depuis des années, vous racontez des histoires sur les extraterrestres auxquelles personne ne croit, hormis vos fidèles. Jusque là, vous avez été incapable de fournir la moindre preuve de ce que vous disiez, mais aujourd'hui, grâce à nos moyens technologiques, vous en avez enfin l'occasion."

"Vous allez organiser une conférence de presse à Montréal la semaine prochaine," continua Ochonios, "vous inviterez deux cent journalistes , vous aurez soin de choisir les plus renommés, pour donner encore plus d'impact à l'évènement. Comme ils rechigneront sans doute à se déplacer pour vous écouter, vous ferez parvenir à chacun d'eux un billet d'avion en première classe, une réservation dans un hôtel de luxe et une carte de crédit illimité qu'ils pourront utiliser à volonté, vous mettrez même des limousines à leur dispositions pour les conduire sur les lieux de la conférence, ne vous inquiétez pas, nous financerons tout, ce n'est pas un problème pour nous."

"Et ensuite ?"

"Ensuite, vous ferez votre conférence, elle commencera à onze heures du matin, vous vous débrouillerez pour la faire durer une heure, le temps de nous préparer, puis cinq minutes avant midi, vous annoncerez notre présence, et à midi pile, nous apparaitrons dans le ciel de Montréal avec une myriade de soucoupes volantes semblables à celle dans laquelle vous êtes monté.  Actuellement, nous en construisons quelques centaines quelque part dans un endroit isolé de la terre. Une partie seront pilotées par nos soldats, les autres seront téléguidées et grâce à des projecteurs holographiques, nous démultiplierons leurs images de manière à donner l'impression qu'il y en a des milliers. Les habitants de Montréal ne manqueront pas de filmer l'évènement avec leurs téléphones portables et en un rien de temps, leurs vidéos auront fait le tour du monde, dès lors, l'existence des extraterrestres ne fera plus aucun doute."

"Et alors ?..."

"Alors," dit Ochonios, "nous ferons comme dans les films de science-fiction, nous prendrons le contrôle des chaînes de télévision du monde entier, rien de plus facile pour nous, et nous diffuserons un message de paix."

"Ensuite ?"

"Ensuite, nous organiserons une assemblée extraordinaire au siège de l'ONU à New York  devant la presse du monde entier, vous monterez en premier à la tribune en tant que chef de l'Église Néo-Évhémériste Isarienne, et vous me présenterez comme le Séraphim nommé Eluel, ce personnage que vous dites avoir rencontré autrefois, et auquel je ressemble plus ou moins, d'après vos descriptions. Puis je monterai à mon tour à la tribune, j'annoncerai l'avènement de l'Âge d'Or que vous aviez promis, et dès lors, nous serons assurés d'être perçus comme des sauveurs et d'exercer notre autorité sans rencontrer de résistance."
""Et si je refuse ?"
"Tant pis," répondit Ochonios, "tant pis pour les terriens. Si vous ne nous aidez pas, nous coloniserons quand même la terre, mais çà se fera de manière plus brutale. Si vous nous aidez, çà se fera à la manière douce. Mais d’une manière ou d’une autre, çà se fera, vous n’avez pas vraiment le choix. Alors, acceptez vous ?"
Isar baissa la tête et répondit à mi-voix :
"Oui."

 

Les princes extraterrestres

 

Ochonios et Pandital séjournaient sur notre monde depuis quelques années, Galita, leur planète d'origine, était très semblable à la Terre en taille, en masse, en gravité, en composition atmosphérique et sur le plan de la faune comme de la flore.
Les deux jeunes gens menaient un grand train de vie grâce à l'or et aux pierres précieuses dont ils disposaient en abondance. Inutile de préciser qu'ils étaient très riches, même si  chez eux le système monétaire avait été aboli depuis longtemps, grâce à l'énergie inépuisable et bon marché de la fusion à froid qu'ils avait découverte des millénaires auparavant, et surtout aux synthétiseurs qui produisaient nourriture et matières premières gratuitement à volonté.
De ce fait, personne sur Galita ni aucune de ses colonies ne connaissait la misère. Mais il existe d'autres formes de misère qui frappaient la majeure partie des habitants de l'empire.

 


La véritable richesse sur Galita, c'était le pouvoir, la société était divisée en castes, un peu comme dans l'Inde ancienne, à chaque métier ou fonction correspondait une caste. La caste la plus basse, c'était celle des esclaves, condamnés à servir les castes supérieures indéfiniment de génération en génération.
Ensuite, on trouvait les castes ouvrières, beaucoup travaillaient dans des mines sur des lunes inhabitées, où ils extrayaient des minerais impossible à synthétiser servant à la technologie sophistiquée de Galita. Les autres étaient répartis dans les diverses structures industrielles de la société pour la maintenance des différents systèmes.
Puis il y avait la caste des soldats, celle des artistes, celle des fonctionnaires, celle des scientifiques, le clergé (il pratiquaient un monothéisme syncrétisé depuis très longtemps devenu religion d'état) et enfin la noblesse qui détenait le pouvoir dont faisaient partie Ochonios et Pandital. Leur père n'était rien de moins que l'empereur, Erkenios II,  qui régnait sur Galita ainsi que sur une douzaine de mondes répartis dans plusieurs systèmes solaires.
Des millions d'années lumière les séparaient les uns des autres, mais la civilisation galitienne maitrisait la vitesse de distorsion depuis longtemps, ce qui lui avait permis de construire un empire occupant une vaste portion de l'espace interstellaire, même si sa taille restait dérisoire comparée au reste de la Voie Lactée.
La Terre se trouvait aux abords de cette portion, mais elle n'avait jamais été annexée. Non pas qu'elle était inconnue des astrophysiciens de Galita ni que le gouvernement s'en désintéressait, mais elle était sous la protection d'une très ancienne loi interdisant de coloniser un monde déjà habité par une forme de vie intelligente. Bien entendu, par le passé, cette loi avait été maintes fois contournée par d'habiles juristes.

 


La preuve, les colonies galitiennes étaient toutes habitées par des formes de vie intelligentes avant leur conquête, des formes de vie humaines tout comme les galitiens et les terriens. Ces planètes, qui avaient toutes approximativement la même taille, la même masse, la même gravité, la même composition atmosphérique, la même faune et la même flore que la Terre et Galita, gravitaient toutes à une distance équivalente autour d'une étoile similaire au soleil et possédaient toutes une ou deux lunes qui stabilisaient leurs orbites
Bien que la Terre fut mal protégée par une loi de non-intervention qui n'avait pratiquement jamais été respectée, elle ne risquait pas grand-chose, car les galitiens estimaient qu'elle ne valait pas la peine d'être colonisée.
En effet, selon les spécialistes, les habitants de cette planète la rendaient de plus en plus inhabitable à cause de leurs industries polluantes, à tel point qu'elle était condamnée à court ou moyen terme.
Deux options se présentaient ;  attendre que toute vie en eut disparu pour la re-terra former ou bien, dans un objectif purement humanitaire, faire une fois de plus, l'impasse sur la loi et la coloniser sans tarder.
Grâce aux moyens techniques de Galita, il eût été facile de nettoyer toute cette pollution chimique et radio active, la Terre et ses habitants eurent ainsi été sauvés.
Mais Erkenios II n'était intéressé par aucune de ces options, son empire actuel lui suffisait et il ne manifestait pas l'ambition de l'étendre plus.
Ses fils étaient destinés à lui succéder, du moins l'un des deux, il allait falloir choisir un jour, mais la question n'était pas encore d'actualité, l'empereur avait la cinquantaine, il était en pleine forme et il était parti pour vivre au moins trois fois aussi longtemps. La médecine galitienne avait vaincu pratiquement toutes les maladies, elle savait réparer les blessures les plus graves et ralentir considérablement le vieillissement.
Dans l'immédiat, ce qui intéressait le plus les deux princes, c'était se distraire, passer le temps en attendant l'heure de la succession. Ils s'ennuyaient énormément, au point qu'ils ne pouvaient plus fréquenter les maisons closes de Galita ni de ses colonies sous peine de se faire assassiner, étant nobles et princes héritiers de surcroît, ils n'étaient déjà guère aimés, mais en plus, ils déclenchaient toutes sortes d'esclandres et de scandales qui provoquaient à chaque fois des arrestations et des exécutions en masse.

 


Hormis les maisons closes, une de leur grande passion était la chasse. Chez eux, ils pratiquaient une version de la chasse à cour très semblable à celle de la Terre, où ils traquaient un animal des heures, voire des jours durant. C'était une passion destructrice, ils ravageaient systématiquement des champs et des terrains entiers avec leur équipage de chevaux et de chiens, ce qui contribuait à les faire détester encore plus.
Ce qui ajoutait à leur impopularité, c'était encore une autre des leurs passions ; le duel. Duel à l'épée ou au mousquet à plasma, qui suivaient des règles similaires à celles des duels des temps anciens sur la Terre. Régulièrement, souvent suite à une soirée trop arrosée, ils provoquaient des inconnus et les invitaient au champ d'honneur à l'aube avec deux témoins. Invitation impossible à refuser, au risque d'être tué tout de suite. Généralement, les princes gagnaient, mais il arrivaient parfois qu'ils fussent blessés, leur vainqueur était alors arrêté, jugé et condamné à mort pour atteinte à une personne princière
Sur la Terre, personne ne les connaissait, ils étaient donc libres d'y faire ce qu'ils voulaient. Ils fréquentaient surtout les grandes métropoles comme Las Vegas, Paris ou Rio de Janeiro.
Bien qu'ils fussent jumeaux, ils étaient très différents, Ochonios était légèrement plus grand que Pandital, glabre avec de longs cheveux blonds qu'il attachait souvent en catogan derrière la nuque, son teint était pâle et ses yeux étaient d'un bleu profond.
Pandital, lui, avait les cheveux bruns coupés courts, un discret collier de barbe soigneusement taillé, sa peau était mate et il avait les yeux noisette.
Ce qui les distinguait aussi, c'était leur caractère ; Ochonios était impulsif et s'emportait facilement, tandis que Pandital était plus calme et plus raisonné.
Selon le décompte terrestre, ils avaient une trentaine d'années, leur aspect était séduisant et parfaitement humain. Ils l'étaient en fait, mais c'étaient des humains d'un autre monde.
Il était difficile de les différencier des humains de la terre, peut être par leurs yeux en amande, légèrement plus grands que l'ordinaire, qui pouvaient faire croire à des origines asiatiques et leur poitrine plus large.
L'humanité avait évolué sensiblement de la même manière un peu partout où l'on trouvait des formes de vie intelligente, les autochtones des colonies de l'empire n'échappaient pas à la règle, leurs morphologies, hormis quelques différences mineures, étaient quasi semblables à celle des terriens et des galitiens, et tous étaient inter-fécondables les uns avec les autres.
Ochonios et Pandital connaissaient assez bien nos mœurs et nos coutumes, ils suivaient l’actualité à la télévision, à la radio, dans les journaux et sur internet. Ce monde divisé en une multitude de nations rivalisant les unes avec les autres présentait un grand avantage, ils pouvaient mieux se dissimuler que sur un monde avec un gouvernement planétaire unique comme le leur.
Ainsi, ils pouvaient pratiquer la chasse à cour dans des pays pauvres trop heureux de recevoir leur or et leurs pierres précieuses en compensation. Quant aux duels, la Terre ne manquait pas de zones de guerre où ils pouvaient s'y livrer sans que çà se remarque.
Peu à peu, l'idée germa de s'emparer de notre globe pour en faire leur propre colonie, indépendamment du pouvoir officiel de Galita.
Ils avaient chacun leur armée privée et disposaient d'un vaisseau spatial de la flotte impériale ; le Galitana. Lors de leurs visites, ils le plaçaient en orbite autour du soleil au niveau de la ceinture d'astéroïdes, puis ils se rendaient sur Terre à bord du Terfand, ce qui ne leur prenait que quelques minutes.
Bien que peu nombreuses, leurs troupes stationnées à bord du Galitana dépassaient en puissance celles de toutes les nations terrestres réunies. Ils pouvaient s’emparer de la planète quand bon leur semblait,
Leur armement pouvait raser un continent entier en quelques secondes, mais ils ne comptaient pas s'en servir, leur but était de prendre possession d’un monde en bon état et d’une population en vie pour les servir.
Ochonios était partisan d'une invasion militaire basée sur l'intimidation, avec une utilisation limitée d'armes de destruction massive, tandis que Pandital préconisait une approche plus subtile.
Selon lui, il valait mieux que la population les accueille en sauveurs plutôt qu‘en conquérants. Les spécialistes galitiens avaient raison, cette planète était condamnée dans un assez proche avenir, les industries avaient souillé l'air et l'eau, provoquant la disparition de milliers d'espèces et un dérèglement climatique qui commençait à prendre des proportions apocalyptiques.
En plus, ils s'obstinaient à construire de primitives et dangereuses centrales nucléaires qui mettaient toute la planète en danger, uniquement parce que ce moyen de produire de l'énergie était bon marché, sans se soucier des conséquences pour les générations suivantes. Ils n'avaient pas encore découvert la fusion à froid plus rentable et non polluante, et malheureusement, çà n'en prenait pas le chemin.
De nombreuses régions du globe étaient empoisonnés ou irradiées suite à des accidents industriels, ses habitants étaient pourtant conscients d'être pris dans une spirale descendante qui les précipitait vers la mort, mais ils feignaient de l'ignorer.
Sans même parler des guerres incessantes et du terrorisme qui aggravaient encore la situation.
À priori, Pandital avait raison, il n'y avait pas besoin de conquérir cette planète par les armes, les habitants seraient trop heureux d'accueillir des envahisseurs qui instaureraient la paix et nettoieraient leur monde de toute sa pollution.
Ochonios finit par se rallier à cette idée, la question était : comment se présenter aux habitants de la Terre ? Se poser devant la Maison Blanche comme dans les films hollywoodiens ? Survoler les grandes villes en diffusant un message dans toutes les langues par haut parleurs ? Prendre le contrôle des chaînes de télévision, des stations de radio et d'internet ?
Dans tous les cas, cela allait provoquer la panique, l'idéal était de trouver un intermédiaire, un médiateur qui pourrait préparer l'humanité à leur venue. Il y en avait justement un tout désigné pour jouer ce rôle : Morillon.
Ils avaient déjà entendu parler de lui par les médias, mais ils ne s'y étaient pas vraiment intéressés jusqu'à ce jour. Ils avaient consulté internet pour se renseigner sur lui, la plupart des sites en parlaient avec hostilité ou dérision, hormis celui de son église.
Ils avaient scrupuleusement étudié son histoire et sa doctrine, que le grand public connaissait assez bien dans l'ensemble, pour échafauder leur plan. Il s'agissait de se faire passer pour les "Séraphim", ces extraterrestres qu'il prétendait avoir rencontrés, les terriens enfin convaincus, ils pourraient alors s'installer tranquillement forts de leur confiance.
En tant que simples touristes, ils avaient appris la langue anglaise, car c’était la plus couramment utilisée dans ce monde. Mais il leur fallait maintenant apprendre le français, car "l’Intendant" des extraterrestres ne savait malheureusement pas parler l’anglais.
La technologie de l’Empire avait développé les traducteurs universels mais aussi des méthodes d’enseignement accéléré où, grâce à des ordinateurs organiques sophistiqués, l’on implantait les connaissances directement dans le cerveau. Mais la méthode n’était pas sans risque et il valait mieux ne pas en abuser.
Pour se faire de faux papiers, il leur fut très facile de modifier les bases de données terrestres pour s’attribuer les identités des journalistes Macron et Briant et leur donner une existence bien réelle sur internet.

 

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