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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 08:09

Les Constellations formaient un réseau de câbles célestes presque invisibles reliant les étoiles entre elles, il s'agissait de fils ectoplasmiques argentés si fins qu'on les distinguait à peine, parfois, un reflet les rendait visibles. On avait justement allumé des torches tout autour du bastingage pour mieux les repérer.

 

 

Absolvus et Maximien possédaient une carte de ce réseau, mais elle était très sommaire ; habituellement, personne ne s'y aventurait. Manœuvrer à travers cette jungle de fils tendus sans les toucher était extrêmement périlleux ; si le Dame de Beaujeu n'en avait seulement effleuré qu'un, tous les passagers eussent été foudroyés.
On apercevait des dépouilles de créatures, mortes depuis plus ou moins longtemps, accrochées à ces fils tels des insectes dans une toile d'araignée.

 

 

Les ailes du Dame de Beaujeu étaient déployées, mais parfois, il fallait les replier et passer sur son élan, ou bien le passage était trop étroit et il fallait changer de trajectoire pour en trouver un plus large.
Après avoir traversé une zone où les fils d'argent étaient très serrés, ils débouchèrent sur une autre où ils étaient au contraire, très espacés, ce qui leur laissa toute latitude pour utiliser les ailes.
C'est là qu'ils trouvèrent Janice.

Tout d'abord, le matelot de vigie aperçut quelque chose qui flottait dans le vide à quelques arpents droit devant, sur le moment, il était incapable de distinguer ce que c'était. En tous les cas, il ne s'agissait ni d'une étoile, ni d'une planète ni d'un astéroïde.
Le capitaine ordonna d'armer les couleuvrines et les canons Perrier et fit mettre le cap sur la chose. À mesure qu'ils en approchaient, ils purent se rendre compte qu'elle avait une forme humaine, revêtue d'un curieux vêtement blanc épais qui lui recouvrait tout le corps et portait un casque avec une visière en cristal.

 

 

Catholicus la fit hisser à bord. À travers la visière, il distingua un visage, un visage humain comme ceux des créatures qu'il avait vues sur la lune et aux abords de Saturne.
"Que faites vous ?" demanda Absolvus, qui avait remarqué les  manœuvres inhabituelles du navire alors qu'il se reposait dans sa cabine.
"Je porte secours à un naufragé." répondit Catholicus en se penchant sur la silhouette étrangement revêtue allongée sur le pont.
"Vous êtes fou !" lui lança le Centurion, "ce naufragé est un démon, c'est complètement irresponsable de votre part de le ramener à bord !"
"Je ne vous demande pas votre avis sur ma façon de commander, je suis le capitaine de ce vaisseau et je fais ce qui me semble bon. Maître Marcotin, pouvez vous m'assister, s'il vous plait ?"
Le médecin de bord s'approcha pour aider le capitaine à défaire le casque de la créature. En tâtonnant, ils trouvèrent le mécanisme d'ouverture. Quand ils l'otèrent, une avalanche de cheveux noirs bouclés s'en échappa et ils découvrirent un visage de femme à la peau noire. Catholicus tomba immédiatement sous le charme et resta un moment à la regarder.

 

 

La voix désagréable d'Absolvus le tira de sa rêverie :
"Regardez la couleur de sa peau !" S'écria t il en dégainant son glaive, "c'est un démon, il faut l'occire sans tarder !"

Catholicus se releva d'un bond en dégainant son épée.
"Imbécile ! Ce n'est pas un démon, c'est une femme nubienne. Si vous vous avisez de lui faire du mal, vous aurez affaire à moi !"
Il se tenait entre la femme qui commençait à reprendre conscience et le Centurion. Le redoutable glaive martien ne lui faisait pas peur, malgré les lueurs et les éclairs crépitants qu'il dégageait.

 

 

Alors qu'ils étaient sur le point de s'entretuer, Maximien intervint :
"Messieurs, messieurs, allons, sommes nous donc des barbares ? Mon Centurion, nous pourrions recueillir de précieuses informations en interrogeant cette créature, rien ne nous empêche de la tuer plus tard."
"Pour ma part," ajouta Marcotin, "en tant que scientifique, j'aimerais avoir le temps d'observer ce spécimen avant qu'il ne passe de vie à trépas."
Absolvus continua de soutenir le regard de Catholicus, puis il dit :
"Bien, j'accepte d'épargner cette créature pour le moment, mais au moindre geste suspect de sa part, je n'hésiterai pas à la tuer."
Catholicus, rengaina son épée à contre cœur en l'avertissant :
"Si vous lui faites le moindre mal, vous aurez affaire à moi."
"Messieurs," intervint Marcotin, avant que les hostilités ne reprennent, "je suggère que nous traitions chaque problème en son temps, pour l'instant, il faut s'assurer que cette créature ne présente pas de danger sanitaire."

À ce moment là, la femme tentait de se relever, Catholicus accourut pour l'aider. Elle était faible, titubait un peu, mais parvint à se mettre debout en agrippant son bras. En la soutenant, il la conduisit à sa cabine, suivi d'Absolvus, Maximien, Dernancourt et Maître Marcotin.
Il interpella un matelot et lui ordonna de ramener un bol de potage de la cambuse. Il la fit asseoir sur sa couche et sortit de la cabine en poussant les autres devant lui pour qu'elle puisse se mettre à l'aise.
Le matelot arriva avec le bol de potage, Catholicus le lui prît des mains et le congédia. Peu après, la femme les appela pour signaler qu'elle avait fini. En fait, elle n'avait retiré que le vêtement blanc épais qui reposait par terre à côté de son casque. Dessous, elle portait une autre tenue moins épaisse que l'autre, d'une seule pièce de tissu bleu qui lui recouvrait tout le corps, avec un écusson représentant la Terre cousu sur le torse et des chaussons légers à ses pieds.
Catholicus entra timidement, suivi des autres. Maître Marcotin s'approcha d'elle, tenta de lui faire comprendre qu'il était médecin en lui montrant sa tenue, puis il se mit à l'examiner. Il colla d'abord son oreille sur sa poitrine puis dans son dos pour écouter son cœur et sa respiration, il lui écarta ensuite les mâchoires des deux mains pour regarder dans sa bouche. Sur le moment, elle eut peur, mais en comprenant qu'il ne lui voulait aucun mal, elle se détendit et joua le jeu en pouffant de rire pendant que le bon docteur lui manipulait la tête dans tous les sens.
"Cela suffit, Maître !" Intervint Catholicus.
Il tendit le bol à la femme, elle le prit à deux mains, lui fit un signe de tête pour le remercier et se mit à souffler sur le potage encore chaud. Catholicus attendit qu'elle ait bu quelques gorgées avant de l'aborder en latin, mais elle l'interrompit :
"Je parle le français, Capitaine, même si le mien a l'air un peu différent du votre. "
"Extraordinaire !" s'écria Catholicus, puis il continua : "je m'appelle Théodorus, et vous, quel est votre nom ?"
"Je m'appelle Janice." répondit elle.
"Janice, " lui dit il doucement en lui prenant la main, "soyez la bienvenue à bord de mon navire le Dame de Beaujeu. "

 

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