Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 15:28

Saturne

 


Saturne se situait aux portes de la Création, devant les Constellations déployées telle un grillage devant la Voie Lactée et le néant extérieur supposé.
"J'ai souvent rencontré les saturniens," avait dit Absolvus à Catholicus, "je n'ai jamais réussi m'en faire des amis, ils sont par trop différents de nous tous, mais j'entretiens des rapports cordiaux avec eux."
"À quoi ressemblent ils ?" demanda Catholicus.
"Il y a autant de différences entre un habitant de Saturne et un habitant de Jupiter qu'entre un habitant de Jupiter et nous. En fait, Saturne et ses habitants ne sont pas vraiment réels."
Catholicus sursauta.
"Que voulez vous dire ?"
"Techniquement, Saturne et ses habitants, qui sont ou auront été une forme de vie plus ancienne que celles des autres planètes, n'existent plus depuis longtemps, depuis bien plus longtemps que la fondation de la Terre.
Actuellement, nous n'en percevons que leur projection astrale, le plan physique ayant totalement disparu. Par la force de leur pensée, les habitants de Saturne génèrent une enveloppe corporelle de lumière pour se rendre visibles, aimable concession envers les formes de vie moins évoluées.
Même si les Saturniens et leur planète sont tels des fantômes immatériels, ils représentent une puissance non-négligeable de la Création. Grâce à leurs sens surnaturels, ils perçoivent les intrus avant même qu'ils n'atteignent les Constellations. Ils leur projettent alors une violente attaque psychique qui sème la confusion dans leurs rangs, ce qui leur donne le temps d'alerter les autres mondes en faisant scintiller les anneaux de la planète."
Alors qu'Absolvus expliquait tout cela à Catholicus, la planète Saturne était en vue, elle n'était plus un simple point lumineux dans la nuit, on distinguait bien son disque et les anneaux qui se mirent soudain à scintiller en vagues de lumières multicolores avec une sorte de gémissement.
Ces scintillements et ces sons constituaient un code que comprenaient Absolvus, Maximien et Mérandar, ce dernier manifestait son excitation en grattant le pont avec ses sabots et en battant furieusement des ailes.
"Garde ton calme, mon ami," lui dit Absolvus, tu ressens comme nous l'appel du combat, le moment approche, soit patient."
L'étrange animal se ressaisit et replia résolument ses grandes ailes.
"Un groupe de créatures a franchi la barrière des Constellations," annonça Absolvus, traduisant le code, "il y en une centaine, elles arrivent par le nord-nord-est du quadrant, elles vont passer tout près de nous, tenez vous prêts."
"Prêts à quoi ?" demanda Catholicus, déconcerté.
Maximien avait ramené deux arcs et deux carquois. Absolvus prit l'un des arcs et endossa un carquois au moment où retentit un sifflement, d'abord très léger, qui s'amplifia progressivement jusqu'à devenir assourdissant.
"Là !" s'écria Maximien en désignant des traînées lumineuses sur le fond étoilé, des créatures étrangères arrivaient dans leur direction.

 

 

Absolvus enfourcha Mérandar.
"Prêt, Maximien ?" demanda-t-il.
"Prêt, mon Centurion." répondit le lieutenant.
Les traînées lumineuses arrivaient à grande vitesse, il fut bientôt possible de les voir de près. Elles avaient une apparence humaine et sur leurs visages, que Catholicus apercevait comme à travers une brume, il crut remarquer l'expression d'une horreur intense.
"Hardi, Mérandar !" s'écria Absolvus.
Le cheval ailé se cabra victorieusement et décolla d'un bond.
Un hurlement déchirant obligea les passagers à se boucher les oreilles avec une grimace de douleur ; c'étaient les créatures qui passaient à trois ou quatre mètres du bateau dans un sauvage rugissement. Sur le pont, Maximien décocha une flèche sur l'une d'elles. Cette flèche eut des effets bien différents de ceux d'une flèche terrestre, elle ne la transperça pas seulement, elle la fit exploser comme une bombe.
L'onde de choc secoua le navire et tous ceux qui étaient à bord basculèrent, excepté le lieutenant martien, qui était habitué à ce genre de manœuvre et restait ferme sur ses jambes. Calmement, il engagea une seconde flèche et tira sur une autre créature qui explosa comme la précédente, cette fois ci, la déflagration manqua de renverser complètement le Dame de Beaujeu. Agrippé au bastingage, Maximien riait à gorge déployée, tandis que les autres tâchaient de ne pas passer par dessus bord.
Pendant ce temps, Mérandar et son cavalier se livraient à une véritable tuerie, le cheval traversait les rangs des créatures en hennissant joyeusement, tandis qu'Absolvus les  faisait exploser dans un vacarme d'apocalypse avec ses flèches meurtrières.
Le massacre continua jusqu'à ce que le reste du groupe s'éloigne hors de portée. En tout, les martiens avaient pulvérisé une vingtaine de créatures, dont les restes flottaient dans le vide tout autour d'eux.
Une fois le silence revenu, Absolvus déclara :
"Les jupitériens s'occuperont d'eux. On y va, Mérandar."
Le cheval ailé revint se poser sur le pont et Absolvus mit pied à terre. Avisant Catholicus qui le regardait d'un air hébété, il lui dit en riant :
"N'êtes vous donc pas habitué au combat, capitaine ?"
"Au combat, oui," répondit Catholicus, " seulement, je n'appelle pas ceci du combat mais du carnage. Au cours de toutes les guerres que j'ai menées, mes adversaires pouvaient se défendre, les vôtres n'ont même pas riposté, il n'y a aucune gloire là dedans."
"Mon capitaine," répondit Absolvus piqué au vif, "vos critères terrestres ne s'appliquent pas dans les cieux. N'oubliez pas que toute inoffensives qu'elles paraissent, ces créatures apportent le mal. "
"Le mal !" s'exclama Catholicus avec dédain, "ces créatures ressemblent plus à de pauvres bougres terrorisés qu'à des démons."
"Ne vous laissez pas abuser," dit Absolvus," c'est ce genre de considération qui amène à goûter au fruit défendu et perdre le paradis."
Catholicus voulut répliquer quelque chose, mais à ce moment là, Saturne se mit à scintiller en produisant un son étrange, comme un chant d'église. Puis les anneaux de la planète se démultiplièrent, formant une sorte de tube lumineux bariolé qui serpentait en direction du Dame de Beaujeu.
Saisi de crainte, Catholicus cria à ses matelots :
"Déployez les ailes ! Arrière toute ! Arrière toute !"
Absolvus tenta de le calmer :
"Rassurez vous, nous ne risquons rien."
Sans même prêter attention à ses paroles, le capitaine continua à donner des ordres pour effectuer une manœuvre de repli. Il n'en eut pas le temps ; le tube lumineux du diamètre des anneaux de Saturne les avaient rattrapés à une vitesse fulgurante et emprisonnés dans un tunnel multicolore.
Tout le long de ce tunnel, des rangées de personnages fantomatiques s'étendaient à l'infini, comme une hallucinante haie d'honneur. Ils étaient des myriades et des myriades, ce qui les emplit tous d'effroi, à l'exception d'Absolvus, Maximien et Mérandar, qui avaient l'air de trouver ce spectacle plutôt banal.
Du fond du tube, qui évoquait un gigantesque entonnoir, une forme éthérée s'avança vers eux en voletant comme une plume et s'arrêta à quelques mètres du navire.

 

 

En s'inclinant respectueusement, Absolvus lui dit :
"Hommage vous soit rendu, Seigneur Domiti."
L'entité avait, ou du moins s'était donnée un aspect humain, mais ses traits étaient flous et indistincts comme une vague esquisse. Elle s'inclina à son tour en répondant :
"Soyez le bienvenu, Centurion. Que nous vaut l'honneur de votre visite ?"
"J'accompagne une expédition de la Terre vers la Voie Lactée."
Le saturnien ne manifesta aucune surprise, il se contenta de dire :
"Si vous voulez bien me suivre, Maître Cronos vous attend."
Il fit un demi tour sur lui-même sans bouger un muscle, puis, mu par la seule force de sa volonté, il partit en papillonnant. Le Dame de Beaujeu s'ébranla et reprit sa course. Ils avançaient dans le vertigineux corridor infini de corps éthérés et de lumières bariolées, ne rencontrant aucun obstacle sur leur trajet.
Il fallut trois jours entiers pour atteindre le sol de Saturne, devrait on préciser qu'il s'agissait de son sol sur le plan astral, puisque sur le plan physique il n'existait plus depuis des éons.
Le tube d'anneaux s'estompa et le Dame de Beaujeu se retrouva au centre d'une foule astrale de saturniens, qui se scinda à un moment pour laisser passer un personnage que rien, dans son apparence, ne distinguait des autres. Pourtant, il était l'objet d'un infini respect puisque tout le monde s'inclinait devant lui.
Absolvus chuchota à l'oreille de Catholicus :
"C'est lui, Maître Cronos, le souverain du peuple saturnien, inclinez vous comme moi et préparez vous à lui offrir votre présent. De quel objet s'agit il, déjà ?"
"De la Coupe du Sacrifice." répondit Catholicus à voix basse.
"Parfait, cet artifact a une grande réputation," répondit le Centurion, "Cronos va sûrement apprécier."
Comme le lui avait recommandé Absolvus, Catholicus s'inclina et dit :
"Seigneur Cronos, je m'appelle Théodorus Catholicus, Capitaine du vaisseau le Dame de Beaujeu. Au nom du Roi de France, veuillez accepter mes hommages, ainsi que ce présent en gage d'amitié entre nos deux peuples."
Il ouvrit le coffret d'acajou et lui présenta solennellement la Coupe du Sacrifice qui se trouvait dedans, insérée dans son emplacement de velours rouge. La silhouette fantomatique de Cronos sembla devenir tangible l'espace d'un instant, manifestement, le souverain de Saturne appréciait le cadeau.
"Je vous remercie infiniment !" s'écria-t-il, "cet objet existe sur tous les plans de la réalité, il est aussi tangible pour nous que pour vous."

 


Il avança sa main presque translucide vers le coffret, saisit la Coupe avec un gémissement d'extase puis il la leva au dessus de sa tête, alors une lumière surnaturelle en surgit comme de l'eau se répandant sur toute l'assistance, la plongeant dans un état de grâce et de plénitude tel que nul n'en avait jamais éprouvé.
Cette sensation se dissipa malheureusement très vite, car la lumière cessa de jaillir quand Cronos remit la Coupe dans son coffret.
"Soyez bénis à jamais, Capitaine Catholicus, vous et tous vos semblables."
Catholicus s'inclina respectueusement. Quand il se redressa, Cronos, les rangées de saturniens, le tube multicolore, tout avait disparu, le Dame de Beaujeu flottait dans le vide, à quelques encablures de la Vierge.
La lumière du Soleil parvenait jusqu'au Dame de Beaujeu, quand il passait derrière la Terre, les autres astres donnaient une clarté suffisante pour se diriger.

 

<< Chapitre 6 - Chapitre 8 >>

 

Table des matières

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Les Contes De Wolfram

  • : Contes de Wolfram
  • Contes de Wolfram
  • : Contes et récits
  • Contact

Auteur

  • Wolfram
  • Rêveur, conteur, fou à lier
  • Rêveur, conteur, fou à lier

Recherche

Illustrations

Tags/catégories

Liens