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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 08:44

Absolvus n'aurait jamais accepté d'embarquer sans son lieutenant, Maximien, son aurige mais aussi aide de camp, garde du corps, majordome, cuisinier, infirmier au besoin, et un tas d'autres fonctions qu'il accomplissait avec dévotion et une farouche loyauté.

 


Il n'était pas non plus question de partir sans Mérandar, son précieux cheval ailé. Il avait aussi emmené son char, mais il ne comptait pas s'en servir souvent, il préférait chevaucher l'animal, ce qui lui donnait plus de mobilité.
Comme l'expliqua un jour Maximien, cette race de chevaux volants possédait une sorte d'œuf philosophal naturel leur permettant d'annuler et de rétablir leur poids à volonté.
De plus, leurs facultés psychiques étaient bien supérieures à celles de tout autre animal, sur le plan de l'intelligence, ils étaient les égaux des hommes. Dans la société martienne, humains et chevaux ailés avaient le même statut et les mêmes droits au point qu'ils étaient élevés ensemble.
Chaque individu était séparé de ses parents dès la naissance et placé dans un établissement militaire. De ce fait, personne sur Mars ne connaissait ni son père ni sa mère, n'ayant pour toute famille que des officiers et des fantassins.
Absolvus avait ainsi grandi avec Maximien et Mérandar, à eux trois, ils formaient ce qui se rapprochait le plus d'une cellule familiale.
Les nouveaux venus étaient appréciés pour leurs nombreuses connaissances. Maximien, qui était fort habile de ses mains, avait fabriqué à Catholicus un octant semblable à ceux de l'Armée Impériale de Mars, il permettait de calculer à tout moment sa position exacte par rapport à un point de son choix.

 


Il avait aussi pris sur lui de démonter entièrement la Sphère armillaire de Léonard de Vinci, pour y apporter des améliorations ; il corrigea quelques trajectoires d'orbites et quelques épicycles et ajouta des corps célestes encore inconnus des savants de notre monde ; les astéroïdes qui gravitaient autour de la Terre avec les planètes.
Même s'il ne s'agissait que de cailloux stériles et sans vie, comme allaient bientôt l'apprendre les voyageurs, ils avaient leur utilité dans le Plan Cosmique.
Maximien avait fidèlement reproduit tous ceux qui étaient répertoriés dans son livret d'Éphémérides, dont chaque soldat martien possèdait un exemplaire. On y trouvait les noms de ces astéroïdes, leurs emplacements, leurs tailles et leurs fréquences d'orbite.
Il y en avait un peu partout entre les planètes, certaines avaient presque la taille de la Lune, d'autres étaient grosses comme des montagnes et certaines n'étaient pas plus grandes qu'un pâté de maisons.
Ce genre d'objet céleste servait à maintenir une position stationnaire stable quand il fallait s'arrêter, le temps de faire le point, par exemple, ou de réparer une avarie. Ils faisaient aussi des balises de secours faciles à repérer pour récupérer des rescapés.
Les trois compagnons, qui avaient l'habitude de parcourir le Ciel depuis l'enfance, savaient parfaitement se diriger dans ce labyrinthe de corps célestes et avaient l'air de s'y trouver à leur aise. Il était pourtant difficile de discerner un ordre dans ce chaos, mais pour eux, il y en avait un.
De plus, Absolvus connaissait un grand nombre de dignitaires de la Création, cela aussi allait s'avérer d'une grande utilité pour la suite du voyage.
On estimait avoir beaucoup gagné au change avec Delaunay, qui n'avait jamais été d'une réelle utilité et dont on regrettait peu le départ. Plus tard, on apprit qu'après avoir été le favori du Général Arès quelques temps, il était devenu son concubin (ce qui n'étonna personne).


Les Sentinelles

 


Cela faisait plusieurs semaines qu'ils avaient quitté Mars en maintenant le cap sur Jupiter, leur destination suivante. Les vents célestes leur étaient favorables, ils avançaient à un rythme régulier, n'utilisant que les voiles sans avoir à déployer les ailes.
La vie à bord était monotone, ponctuées par les tâches triviales du quotidien, ce qui exaspérait la plupart des passagers qui avaient envie qu'il se passe quelque chose. Leur vœu fut exaucé quand la vigie signala une comète arrivant silencieusement au dessus de leurs têtes à une vitesse effrayante.
La panique s'empara des passagers, mais Absolvus et Maximien parvinrent à les apaiser en leur parlant ainsi :
"N'ayez crainte," leur dit il, "si vous agissez exactement comme nous, il ne vous arrivera rien."
Le bolide s'approcha de plus en plus à une vitesse effrayante, instinctivement, les passagers se protègèrent de leurs bras, s'attendant à être pulvérisés comme avec un boulet de canon géant. Mais il ralentit et, aussi silencieusement qu'un nuage, approcha le navire par le flanc tribord. À l'arrêt, la comète était une énorme boule lunimeuse sphérique, sa queue n'apparaissait qu'en mouvement avec l'élan.
La boule se déforma et prit une apparence humaine, Absolvus mit un genou à terre en baissant la tête, imité par Maximien puis par les autres qui suivirent le mouvement.
"Seigneur Uriel," dit Absolvus, nous vous présentons nos respects. Nous nous rendons en paix sur la planète Jupiter pour une mission diplomatique."
L'entité qu'Absolvus avait appelée Uriel avait une taille absolument titanesque, il était une dizaine de fois plus grand que le Dame de Beaujeu et avait l'aspect d'un guerrier armé d'une hallebarde à la lame scintillante.
Uriel amena ses yeux au niveau du pont ; c'étaient deux lampes incandescentes à l'éclat insoutenable qui examinèrent minutieusement tout ce qui s'y trouvait. Son regard transperça même les parois du navire, qui disparurent l'espace d'un instant, révélant tout ce qui se trouvait à l'intérieur.
Puis l'entité recula et d'un signe de tête, fit comprendre qu'ils pouvaient continuer leur chemin, avant de redevenir une boule lumineuse et de s'éloigner silencieusement à une vitesse fulgurante, laissant derrière elle une trainée argentée.
Absolvus poussa un soupir de soulagement et déclara :
"Nous l'avons échappé belle, s'il n'avait pas été si bien disposé, il nous aurait réduits à néant d'un seul geste."
"Qui était-ce ?" demanda Catholicus.
"C'est une des Sentinelles dont vous a parlé le Général Arès, on les appelle aussi les Archanges, ils patrouillent le ciel sans répit pour traquer les envahisseurs.
Ce sont les êtres les plus puissants de la Création à l'exception du Serpent Cosmique Ouroboros qui niche dans la Voie Lactée. Leur chef s'appelle Métatron, c'est lui qui administre l'Univers et c'est à lui que nous rendont des comptes."

 

Jupiter

 


Progressivement, le Dame de Beaujeu quitta le secteur du ciel protégé par Mars et pénétra dans celui qui était protégé par Jupiter. Arès leur avait dit que c'était un monde de tempêtes et d'orages permanents, et que ses habitants, craints et respectés sur toutes les planètes, étaient des créatures très puissantes qui maîtrisaient la foudre et le tonnerre, ils allaient bientôt pouvoir le constater eux-mêmes.
À ce stade du trajet, la planète leur apparaissait comme un disque jaune et rougeoyant de la taille d'une pleine lune sur la Terre, ils en étaient encore loin, pourtant, les Jupitériens commençaient à leur lancer des éclairs.
Pour l'instant, il ne s'agissait que de salves d'intimidation, limitées à des explosions bruyantes et spectaculaires autour du vaisseau sans faire de mal à personne, mais si l'on s'avisait d'aller plus loin, la situation deviendrait sûrement critique.
Heureusement, Absolvus connaissait bien les Jupitériens, il les avait souvent rencontrés et savait comment leur parler. Il conseilla au capitaine de ralentir l'allure et de se diriger vers un astéroïde proche indiqué dans la Sphère armillaire.
Tandis que les éclairs continuaient à exploser alentours, le Dame de Beaujeu le rejoignit en peu de temps et y jeta l'ancre. Répertorié sous le nom de Cerberus dans les éphémérides martiennes, ce corps tellurique mesurait une trentaine de lieues de diamètre et orbitait à mi-chemin entre Mars et Jupiter.
Une fois que le bateau y fut amarré, Absolvus enfourcha Mérandar qui décolla d'une ruade avec un henissement triomphant. Le cheval ailé caracola dans l'espace noir paré d'étoiles multicolores avec son cavalier sur le dos quelques heures durant, puis il arriva aux abords de Jupiter.
Absolvus tira sur les rênes pour ralentir sa monture alors que trois créatures lumineuses venaient à sa rencontre. Elles volaient d'elles-mêmes dans l'éther avec aisance. Il s'agissait de specimen mâles, ne portant aucun vêtement. Ils étaient trois à quatre fois plus grands qu'Absolvus, leurs corps ressemblaient à de la lumière solidifiée, ils portaient de longs cheveux et de longues barbes semblables à du feu liquide rougeoyant et leurs yeux avaient l'air de deux morceaux de braise ardente.
Absolvus reconnut l'une des trois entités ; Catraévi, un seigneur de la planète accompagné de deux de ses vassaux. Il lui fit un salut romain en clamant :
"Je te salue, Catraévi !"
"Absolvus !" s'écria Catraévi en s'arrêtant avec les deux autres seigneurs à quelques mètres de lui. "Viens tu en paix ?" lui demanda-t-il.
"Je viens en paix, mon ami." répondit Absolvus.
"Alors sois le bienvenu. Que puis-je pour toi ?"
"J'accompagne une expédition qu'ont entreprise des habitants de la Terre, nous nous dirigeons vers la Voie Lactée."
"La Voie Lactée ? Quelle drôle d'idée !" s'exclama Catraévi, "et que voulez y faire ?"
"Nous voulons la traverser."
Le seigneur Jupitérien sursauta :
"La traverser ! Beaucoup ont essayé et ne sont jamais revenus. Au delà de la Voie Lactée, il y a des forces qui nous dépassent, même nous, avec notre puissance, n'oserions jamais nous aventurer dans une telle entreprise."
"Eh bien, nous avons la ferme intention de nous y rendre et de revenir indemnes." affirma catégoriquement Absolvus.
"Je salue le courage et la témérité, dont vous faites preuve, toi et tes compagnons. Amène les donc pour qu'ils rendent hommage à notre Roi."
"Je retourne les chercher de suite."
Quelques heures plus tard, il revint aux côtés du Dame de Beaujeu. Le capitaine Catholicus était sur le pont et il salua Catraévi et ses deux compagnons :
"Mes Seigneurs," dit il, "c'est pour moi un grand honneur."
"Tout l'honneur est pour nous." répondit Catraévi, "daignerez vous nous accompagner jusqu'au palais de notre Roi ?"
"Très certainement, nous vous suivons."
La planète Jupiter était dix fois plus grande que la terre, ils l'abordèrent par l'hémisphère sud et remontèrent quelques degrés au dessus de l'équateur par une trajectoire nord-nord-est en direction du palais royal.
Le sol ressemblait à de la roche en fusion émanant une lumière jaunâtre, bien qu'il fut solide puisque l'on bâtissait des constructions cyclopéennes dessus. Les paysages qu'ils survolèrent étaient essentiellement des montagnes titanesques alternant avec des vallées d'une profondeurs stygienne, sans trace aucune de végétation ni de vie animale.
Avec leurs tours et leurs minarets d'une hauteur vertigineuse bâties dans cette même roche ardente qui composait le sol, les villes étaient d'une splendeur à couper le souffle, mais celle où se trouvait le palais royal de Zeus les dépassait toutes en magnificence.
Nous l'avons vu, l'aspect des habitants était fort similaire à celui des humains, mais ils étaient six à sept fois plus grands, leur corps ressemblaient à de la lumière solidifiée, et ils n'avaient nul besoin de vaisseaux pour se déplacer dans les airs car ils volaient sans effort où bon leur semblait comme des esprits désincarnés.
La société Jupitérienne était organisée en un système féodal, la planète était partagée entre plusieurs familles nobles soumises à l'autorité du Roi, Zeus. Ce dernier les reçut dans son palais, assis sur un imposant trône de nuées ardentes transpercées d'éclairs.
Zeus était plus grand que ses semblables, sa taille devait atteindre six ou sept fois la taille moyenne d'un homme de la Terre, son corps luminescent avait l'aspect de la nacre pure, ses cheveux et sa barbe avaient l'air de couler sur ses épaules et son torse comme de la lave, ses yeux étaient des braises rougeoyantes et transperçaient l'âme de ceux qu'il regardait.

 


Catholicus se présenta à lui avec Dernancourt et Absolvus en s'agenouillant en lui disant :
"Sire, je suis le capitaine de ban Théodorus Catholicus, commandant du vaisseau le Dame de Beaujeu, au nom du Royaume de France et de son souverain Louis XII, je vous présente mes hommages avec ce présent."
Il tendit un des coffrets que lui avaient confiés les autorités ecclésiastiques ; il contenait la Sainte Tunique. Un serviteur vint la prendre et l'apporta au roi qui l'accepta avec un signe d'approbation.
"Je vous remercie, capitaine Catholicus," répondit Zeus, "relevez vous donc et soyez le bienvenu avec vos compagnons."
Les habitants de Jupiter ne consommaient pas d'aliments comme ceux de la terre ou de Mars, ils se nourrissaient d'énergie, mais ils purent tout de même offrir à leurs hôtes un breuvage évoquant l'Ambroisie chantée par Homère. Cette boisson qui rappelait l'hydromel était douce au palais et réchauffait le coeur de ceux qui en buvaient.
Puis Catholicus demanda l'autorisation de prendre congé, et le roi Zeus fit escorter le Dame de Beaujeu par Catraévi jusqu'aux limites de l'espace jupitérien mais pas plus loin, afin d'éviter un incident diplomatique avec les saturniens.
Catholicus ignorait si ces derniers les accueilleraient aussi bien que les martiens ou les jupitériens, Absolvus lui avait assuré qu'il n'y aurait aucun problème, pourtant, il éprouvait une certaine appréhension.

 

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