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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 08:13

Mars

 


La planète suivante n'était autre que Mars. Depuis leur départ de la terre, elle n'était qu'un point lumineux dans la nuit, mais au fil des jours, à mesure qu'ils s'en approchaient, ce point grossit jusqu'à devenir une gigantesque boule rouge-sang flottant dans le vide avec de sinistres reflets.
Ils n'en étaient pas encore à mille lieues que d'étranges chars volants tirés par des chevaux ailés arrivèrent en trombe à leur rencontre. Les canons Perrier et les couleuvrines furent promptement chargés et les hommes du Dame de Beaujeu se tinrent prêts à toute éventualité.
En un rien de temps, ils se retrouvèrent encerclés par une dizaine de ces chars, ils étaient conduits par des êtres humains de leur taille habillés en tenues militaires fort semblables à celles des légionnaires romains, quant à leurs chevaux, ormis les ailes, ils étaient en tous points semblables à des chevaux ordinaires.
Le groupe était mené par un Centurion, reconnaissable à son plastron doré, les plumes rouges de son casque, sa grande cape de pourpre et le large glaive à sa ceinture. Il ordonna à son aurige d'amener le char au plus près du navire et fort courtoisement, s'adressa en latin au capitaine :
-"Je m'appelle Absolvus, Centurion de l'Armée Impériale de Mars. Permission de monter à bord, Capitaine ?"
-"Permission accordée." répondit Catholicus.
Une passerelle fut posée entre le Dame de Beaujeu et le char et Absolvus le rejoignit sur le pont.
-"Je m'appelle Théodorus Catholicus," se présenta-t-il à son tour, "Capitaine de ce vaisseau, le Dame de Beaujeu. Au nom du Roi de France sur la Terre, je vous souhaite la bienvenue à bord, Centurion."
Ils s'empoignèrent mutuellement l'avant-bras en matière de salut, puis ils se rendirent dans les quartiers du capitaine, laissant leurs hommes s'observer dans un silence tendu. Ceux d'Absolvus étaient une vingtaine en tout, dans chaque char, tiré par un seul cheval, il y avait deux soldats. Ils étaient tous d'un aspect menaçant, armés, casqués et plastronnés comme leur chef.

 


Apparement, leurs chars fonctionnaient selon une science similaire à celle d'Abdullah Saïd ; ils étaient maniables, rapides et à l'arrêt, ils se stabilisaient parfaitement, flottant doucement sans jamais dériver. Les grandes ailes de leurs chevaux captaient les courants ascendants des vents célestes, ils planaient ainsi sur place comme des éperviers, corrigeant parfois leur position de quelques légers battements.
Les martiens possédaient des armes d'apparence ordinaire, comme des glaives, des épées, des lances, des arcs, mais comme les voyageurs l'apprirent plus tard, ces armes étaient bien plus puissantes qu'elles n'y paraissaient, rien qu'une seule de leurs flèches pouvait causer autant de dégâts qu'un tir de canon.
Les matelots du Dame de Beaujeu se tenaient sur leurs gardes, ils avaient reçu l'ordre de ne rien faire tant que les autres ne se montraient pas hostiles. Tout le temps que dura l'entretien entre leurs chefs respectifs, aucun d'entre eux ne se hasarda à bouger ni parler.
Catholicus avait reçu le Centurion dans sa cabine et il lui avait exposé les motifs de leur expédition, en insistant sur l'intérêt purement scientifique, en évitant de trop dévoiler l'intérêt militaire. Il lui avait parlé de la Terre, la lui décrivant comme un monde harmonieux où régnaient la paix et la joie de vivre. Il s'était aussi hasardé à lui raconter son histoire, d'Adam et Ève au couronnement de Louis XII avec d'audacieux raccourcis chronologiques.
Alors à son tour, Absolvus lui avait parlé de son monde ; Mars était une société totalitaire rappelant l'antique Sparte, où tout individu adulte était mobilisé dans un état de guerre permanent, une planète entière transformée en une gigantesque caserne, commandée par le Général Arès dont le nom était craint dans toute la Création.
Quand Théodorus demanda s'il pouvait le rencontrer, Absolvus lui répondit :
"Nos astronomes ont repéré votre vaisseau depuis plusieurs jours, ils en ont informé le Général qui vous attend. Si vous le permettez, je vais vous conduire jusqu'à lui."
Le Centurion remonta dans son char et il escorta le Dame de Beaujeu avec ses hommes jusqu'à Mars.

 


Manifestement, les habitants de cette planète maîtrisaient parfaitement la science du vol, car non seulement on pouvait voir d'autres chars de petite taille comme ceux des soldats d'Absolvus, ainsi que des modèles plus grands capables de transporter des dizaines d'hommes avec un attelage de deux, quatre ou six chevaux ailés, mais aussi des forteresses volantes deux ou trois fois plus grandes que le Dame de Beaujeu tirées par des hordes de chevaux.
Ils survolèrent l'hémisphère nord, franchirent l'équateur et traversèrent une partie de l'hémisphère sud. En dessous d'eux, des paysages divers défilaient ; des montagnes, des vallées, des champs, des prairies, partout, la végétation avait ces mêmes teintes à dominante rouge, comme figée dans un éternel automne. Ils purent observer des forêts d'arbres ressemblant à des érables aux feuilles écarlates sur les collines ainsi que des cultures jaunes et orangées formant des damiers bariolés dans les plaines.
Il virent aussi des rivières, des lacs, des mers et des océans aux tons cramoisis, leur couleur évoquait la plaie des eaux d'Égypte changées en sang. Ils passèrent au dessus de plusieurs cités, toutes bâties dans une sorte de granit rose qui lui rappelait la ville de Toulouse où il avait déjà séjourné.
Quelques habitants les regardaient, mais la plupart les ignoraient, habitués qu'ils étaient aux vaisseaux volants traversant les cieux.
Absolvus fit signe d'atterrir en indiquant une grande esplanade encerclée de soldats. C'était peu engageant, mais le choix ne se présentait pas. Maître Marcotin réduisit la chaleur de l'Athanor, l'œuf philosophal se refroidit lentement, augmentant progressivement le poids du vaisseau qui se posa en douceur au centre de la place.
Quand il débarqua, accompagné de ses officiers ainsi que d'Abdias Dernancourt et des représentants de l'Église, le capitaine Catholicus fut accueilli par un Général en tenue d'apparat :
-"Je suis le Général Pandital de l'Armée Impériale de Mars," lui dit-il, " je vous souhaite la bienvenue sur notre planète, Capitaine."
-"Je m'appelle Théodorus Catholicus," répondit celui-ci, un peu rassuré par ce comportement civilisé, "commandant du vaisseau le Dame de Beaujeu, je vous remercie de votre accueil. Je viens en paix au nom de mon pays et de la Terre."
Pandital acquiesça, puis il dit :
-"Le Général va vous recevoir, deux personnes de votre choix peuvent vous accompagner si vous le désirez." précisa-t-il, "le Centurion Absolvus et moi même assisterons à l'entretien, si vous n'y voyez pas d'inconvénients, bien entendu."
"Pas le moins du monde. " répondit Catholicus.
Il choisit alors pour l'accompagner Abdias Dernancourt et un des moines, qui n'était en fait que novices, c'était un jeune homme d'une vingtaine d'années qui s'appelait Ambroise Delaunay.
Puis, parmi les saintes reliques que lui avait confiées François II de Rohan, il prit le long coffret de bois contenant la Lance et suivit Pandital, qui le fit monter avec les autres dans un char conventionnel, tiré par des chevaux conventionnels non ailés pour se rendre au palais impérial.

 

 

Le Général Arès les reçut dans une vaste salle décorée de statues et de tableaux aux thèmes guerriers, mais aussi de rayons de livres couvrant des pans de murs entiers. Il était assis dans un grand fauteuil, vêtu d'une tunique ample d'intérieur, en train de carresser un chat endormi sur ses genoux.
Il y eut d'abord les politesses habituelles des rencontres diplomatiques, puis Catholicus offrit la relique au Commandant suprême de la planète qui afficha une mine admirative en découvrant l'objet. La conversation fut engagée sereinement jusqu'à ce qu'Ambroise Delaunay, dans l'impétuosité de sa jeunesse, eut la témérité de demander :
"Mon Général, contre qui êtes vous donc en guerre pour tenir toute cette armée constamment mobilisée ?"
Offusqués, ses compagnons lui intimèrent l'ordre de se taire en s'excusant auprès de leur hôte pour cette inconvenance. Mais celui-ci prit très bien la chose et se mit à rire.
"Votre curiosité est tout à fait, légitime, jeune homme," lui répondit il, "et vous avez le droit de le savoir".
Il se leva, déposa le chat sur un coussin et prit une grande baguette sur un meuble. Il ouvrit ensuite une paire de lourds rideaux en velours, découvrant une imposante carte de l'Univers peinte sur tout un mur.
En s'adressant essentiellement au jeune novice, qui semblait avoir acquis sa sympathie, il expliqua :

 

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