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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 05:49

Les travaux s'achevèrent en 1505. Le 15 avril, le Roi Louis XII en personne, les membres de sa Cour et des notables de toute la France s'étaient déplacés jusqu'au chantier secret de la forêt de Loches. Le Pape Jules II n'avait pu venir en personne pour des raisons de santé, ce fut l'archevêque de Lyon, François II de Rohan, qui le représenta.

 


Pour la première fois, le Dame de Beaujeu était officiellement révélé au public, après des années passées à faire taire les rumeurs sur sa construction.
Trônant sur une éminence du terrain, avec ses trois grands mâts et ses ailes repliées sur la coque, il émanait une aura verte d'aspect surnaturel que l'on distinguait même en plein jour.
C'était lui, ce mystérieux navire que des témoins, alors qualifiés de fous, avaient aperçu certaines nuits dans la région, il reposait à présent sur des poutres qui le maintenaient droit, évoquant l'Arche de Noé juste avant le Déluge.
Plusieurs heures passèrent, tandis que l'assistance commençait à s'impatienter.
Une passerelle avait été aménagée qui s'étendait sur près de vingt cinq mètres, étayée par des rondins de bois, afin d'obtenir une pente la plus douce possible. Enfin, les passagers arrivèrent et se mirent à l'arpenter, le Capitaine de Ban Théodorus Catholicus qui commanderait l'expédition, avec quatre officiers et une quinzaine d'hommes d'équipage recrutés dans la marine. Maître Marcotin, qui embarquait comme médecin de bord, mais aussi pour s'occuper de l'œuf philosophal, en suivant les instructions d'Abdullah Saïd.
D'ailleurs, ce dernier n'était pas là, Léonard de Vinci non plus. Ensemble ils élaboraient un autre projet qu'ils estimaient encore plus important que celui-là. Aucun des deux n'avait révélé de quoi il s'agissait, ils devaient rester sur terre pour le mener à bien, seul Maître Marcotin était du voyage.
Quatre représentants de l'Église s'étaient joints à l'expédition, deux moines bénédictins, dont l'un n'était qu'un jeune novice du nom de Delaunay et deux officiers de l'Inquisition Romaine.
Il y avait aussi l'écrivain Abdias Dernancourt, aventurier et conteur talentueux, comme il savait relater les choses de manière attrayante, c'était lui que le roi avait chargé de rédiger les chroniques du voyage.
Puis ce furent les civils qui montèrent à bord, enfin, les matelots chargèrent les vivres, des sacs de charbon de bois pour alimenter l'Athanor et le matériel.
Catholicus veilla personnellement à l'armement : des arbalètes, des lances, des épées, des couleuvrines ainsi qu'une vingtaine de canons Perrier dont qu'il fit disposer le long du bastingage. L'on n'était pas sûr que toutes les populations rencontrées au cours de ce périple seraient pacifiques.

 


On avait aussi prévu des pièces de rechange pour le navire, surtout les ailes dont on avait emmené une paire de secours. Elles étaient faciles à monter et à démonter, Léonard de Vinci et ses associés avaient pensé à tout.
Quand le chargement fut terminé, le Roi s'approcha du capitaine et lui remit un parchemin roulé entouré d'un ruban de soie.
"Je vous remets ce document portant mon Sceau", lui dit il, "il fait de vous le représentant officiel du Royaume de France auprès des souverains du Ciel. Je vous souhaite un bon voyage, mes prières vous accompagnent."
Catholicus prit le parchemin en s'inclinant respectueusement et répondit :
"Grand merci, Votre Majesté."
François II de Rohan s'approcha à son tour, suivi de trois serviteurs portant chacun un coffret.
"Capitaine," lui dit-il, " au nom de Sa Sainteté le Pape Jules II, je vous confie trois des plus saintes reliques en possession de l'Église, vous rencontrerez sans doute de puissants souverains régnant dans les sphères, ils feront de convenables gages d'amitié. Il s'agit de la tunique de Notre Seigneur, du Calice qui servit au jour de Sa Passion et de la Lance qui Lui transperça le flanc."

 

 

Catholicus s'inclina devant le prélat comme il l'avait fait devant le Roi, puis, de manière sollenelle, prit possession des précieux colis et les confia les à un matelot qui alla les ranger dans la soute.
Maïtre Marcotin alimenta l'Athanor de charbon de bois et activa la combustion avec un soufflet, l'énergie de l'œuf philosophal s'intensifia et le Dame de Beaujeu s'ébranla avec un puissant éclat de lumière verte, qui estompa un instant celle du soleil et éblouit les spectateurs.
Les poutres qui maintenaient le vaisseau en place tombèrent les unes après les autres, néanmoins, il resta debout, délivré des contraintes de la gravité grâce à la science d'Abdullah Saïd. Puis lentement, il s'éleva avec des craquements, ayant perdu tout son poids, plus rien ne le retenait au sol, il était attiré par le ciel comme un nuage de fumée.
Quand il eut atteint un arpent de hauteur, le Dame de Beaujeu déploya sa voile ventrale et ses deux grandes ailes tel un dragon antique, ombrageant le sol sur une large surface. Il y eut des cris de joie et des applaudissements, le ravissement des spectateurs était à son comble, nul n'avait jamais contemplé pareille merveille réalisée par la main de l'homme.
Avec des grincements produits par les chaînes coulissant dans leurs anneaux, les rameurs actionnèrent les ailes qui s'animèrent, reproduisant à la perfection les mouvements des ailes des oiseaux.
Le navire monta, monta de plus en plus haut jusqu'à atteindre les nuages. Son ascention était rapide, il devint bientôt minuscule et finit par disparaitre complètement, noyé dans les profondeurs du ciel.

 

 



 

 

 

Les ailes de cuir les emportaient en les berçant doucement de bas en haut. Une fois atteinte l'altitude de trois lieues, on put les replier contre la coque et l'on déploya les voiles. Les limites du ciel terrestre étaient franchies, il ne restait plus qu'à se laisser porter par les vents cosmiques.
À bord, les passagers ressentirent de fortes nausées accompagnées d'étouffements et de bourdonnements d'oreilles. Ils avaient déjà éprouvé ces symptômes au cours des vols d'entraînement, mais jamais avec une telle intensité.
La peur les gagna, on se demandait si Copernic n'avait pas raison ; il n'y avait peut être pas d'air dans l'espace. Maître Marcotin intervint et leur démontra que ce monsieur Copernic, aussi instruit fut il, avait tort et qu'il devait obligatoirement y avoir de l'air dans l'espace.
"S'il n'en était ainsi," expliqua-t-il, "s'il n'y avait que du vide, l'air des planètes s'y dissiperait et toute vie serait impossible. C'est pourquoi, dans Sa grande sagesse, le Créateur a conçu l'Univers comme une immense bulle d'air qui flotte dans l'infini."
"En êtes vous bien certain ?" demanda Catholicus avec inquiétude, "rien ne le prouve pour l'instant, nous ne sommes jamais montés à une telle hauteur au cours de nos vols d'entraînement . "
"Nous n'avons rien à craindre," lui assura le docteur, " la pression atmosphérique est plus forte sur la Terre du fait de la gravité, il est donc normal qu'elle baisse à mesure que nous montons, mais à partir de maintenant, elle va se stabiliser, nous nous retrouvons dans les mêmes conditions qu'un séjour en haute montagne et nos organismes finiront par s'y habituer, on vous l'a pourtant répété de nombreuses fois au cours de ces années de préparation."
"J'attends de voir ce que ça va donner concrètement." répondit Catholicus, sceptique, "si la pression continue à baisser, j'ordonne le retour à terre. "
Mais la suite des évènements donna raison à Maître Marcotin, les nausées s'atténuèrent au bout de quelques heures, et ils purent respirer avec plus d'aisance. Comme l'avait prévu le docteur, leurs organismes s'adaptaient à cette nouvelle pression atmosphérique qu'ils allaient retrouver un peu partout.
À mesure que le Dame de Beaujeu s'éloignait, ils voyaient l'horizon se courber jusqu'à offrir le spectacle saisissant de la sphère terrestre, belle et majestueuse, reposant au centre de la Création comme un joyau dans son écrin, avec le soleil, la lune, les planètes et les étoiles tournant autour d'elle dans une ronde éternelle.

 

 

 

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