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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 16:22

 

Récemment, de curieux documents ont été retrouvés en Touraine, tout au fond d'un bois non loin du château d'Amboise. Quelques cinq cent ans auparavant, quelqu'un les avait enveloppés dans une grande bâche de toile cirée doublée d'une autre de cuir avant de les dissimuler sous une dalle que la mousse avait recouverte. Hélas, cela n'avait pas suffi à leur en épargner les ravages du temps.
Il y avait deux manuscrits rédigés en ancien français ; l'un était le journal de bord d'un certain Théodorus Catholicus, Capitaine de Ban de la Marine Royale française, commandant d'un vaisseau du nom de "Dame de Beaujeu".
Ce manuscrit était relativement en bon état, comparé au deuxième dont une grande partie était rongée de moisissures. L'auteur s'appelait Abdias Dernancourt, le journal de bord se réfère à lui en tant qu'écrivain, et son récit recoupe celui du capitaine dans un style plus vivant.
Il y avait aussi des fragments de dessins, de schémas de mécanique, de plans d'une curieuse machine volante et de notes, dont certaines portaient la marque de Léonard de Vinci.

 


Le reste comprenait des documents administratifs en français et en latin, quelques uns portant les sceaux de Charles VIII, de Louis XII et même du Pape Jules II, ainsi que d'autres documents plus énigmatiques, pour la plupart rédigés sur du parchemin en latin classique difficile à interpréter.
Toutes ces pièces constituaient déjà un déroutant mystère, mais l'une d'elles était plus troublante que les autres, il s'agissait d'un petit portrait sur un carré de vélin presque effacé, dont les analyses révélaient des particularités propres à un cliché photographique, on y distinguait vaguement les silhouettes de deux personnages debouts l'un à côté de l'autre.
Tant bien que mal, il a été possible de décrypter une partie des manuscrits, ce qu'ils racontaient était tellement incroyable qu'aucun historien sérieux n'a accepté d'y accorder le moindre crédit, tous n'y ont vu qu'un conte pour divertir. S'il s'agissait d'un simple conte, pourquoi s'est on donné tant de mal à le dissimuler ? S'il s'agit d'un canular habilement monté, on ne peut que saluer l'habileté des faussaires qui seraient allés jusqu'à imiter le style de Léonard de Vinci et reproduire des documents officiels de la Cour de France et du Saint Siège.
Voici l'histoire telle que l'on est parvenu à la reconstituer : elle commence avec l'introduction du récit d'Abdias Dernancourt, il y évoque "l'année cruciale" ; 1492, celle où l'Espagne achevait sa reconquista et où Christophe Colomb découvrait les Indes Occidentales.

 


Charles VIII dit l'Affable, qui avait été promu Roi de France neuf ans auparavant par sa sœur Anne, était à la fois admiratif et jaloux des succès de la Couronne de Castille, sa voisine espagnole, et de sa souveraine, Isabelle la Catholique qui avait financé l'expédition.
Il rêvait d'en lancer une de cette envergure, mais aucune opportunité ne se présentait, les géographes ignoraient s'il existait d'autres terres inconnues.
Cette même année 1492 se produisit un évènement hors du commun ; une pierre de plus de deux cent livres était tombée du ciel à Ensisheim, en Alsace.

 

 

Quand on rapporta le fait à Charles VIII, cela le fascina au plus haut point, et il ordonna qu'on lui amène cette pierre, puis il fit déplacer des astronomes pour qu'ils l'observent et lui disent d'où elle venait. Ils l'ignoraient, ils avaient déjà entendu parler de ce genre de phénomène, mais comme cela se produisait très rarement, ils ne savaient pas grand chose là dessus.
Certains pensaient que c'était un morceau de lune ou d'une planète, sans doute mercure, puisque qu'elle était la plus proche, d'autres que c'étaient des démons qui l'avaient lancé sur la terre.
Quoi qu'il en fut, Charles VIII vit un signe du destin dans cette mystérieuse pierre céleste, cela lui donna l'idée d'une expédition encore plus ambitieuse que celle de Christophe Colomb ; explorer les planètes et les étoiles.
Seulement, un tel projet nécessitait des moyens qui n'existaient pas encore à cette époque. Certains y avaient déjà réfléchi, comme cet empereur chinois de la dynastie Song, trois siècles plus tôt, qui avait voulu se rendre sur la lune embarqué au sommet d'une tour de bois, une grosse quantité de poudre était disposée en dessous, il espérait la propulser dans l'air une fois que l'on y aurait mis le feu. Mais le voyage se termina prématurément dans une gigantesque explosion qui pulvérisa le véhicule et son occupant.
Des voyageurs avaient rapporté que l'expérience allait de nouveau être tentée en Chine, ou qu'elle l'avait déjà été, mais on n'en connaissait pas l'issue exacte.
Il se serait agi d'un autre empereur dont les lettrés remettaient l'existence en doute, Wang Hu de la dynastie des Ming. On disait qu'il avait attaché quarante sept fusées à une chaise où il avait pris place, espérant aussi être propulsé vers la lune. Certains disaient qu'il avait réussi, d'autres qu'il avait péri de la même manière que son prédécesseur Song.

 


Néanmoins, Charles VIII était convaincu qu'il devait exister un moyen pour se rendre sur la Lune et les autres astres, et quelqu'un dans le monde le connaîssait.
Il avait interrogé Maître Marcotin, malheureusement, ce dernier n'était pas celui qui détenait ce secret. Maître Marcotin était le médecin de la cour, il était aussi versé dans d'autres sciences diverses dont l'astronomie.
Il lui parla néanmoins d'une personne qui savait sans doute des choses utiles à la réalisation d'un tel projet, c'était un italien d'une quarantaine d'années appelé Léonard de Vinci.
Celui-ci avait déjà réfléchi au problème, il avait d'ailleurs dessiné les plans de diffférentes machines volantes, mais faute de moyens financiers, il n'avait pu les construire.
Charles VIII lui envoya une cordiale invitation et le fit amener en grand équipage à la Cour de France.
Léonard de Vinci écouta la requête du Roi et demanda plusieurs jours de réflexion. C'était, pour lui, un défi sans précèdent ; il s'agissait de construire un véhicule capable de voler en emportant un équipage et du matériel.
L'usage de la poudre était exclu ; non seulement à cause du danger d'explosion, même s'il parvenait à la contenir dans un tube de métal capable d'y résister et canaliser son énergie pour soulever un véhicule, il en aurait fallu une telle quantité pour un voyage pareil que c'était impossible.
Il avait aussi pensé à des ailes artificielles ou mème à une visse géante sensée soulever une charge en tournoyant pour escalader l'air. Mais ces deux systèmes à eux seuls étaient insuffisants pour emmener l'équivalent de tout un vaisseau et ses occupants.

 


Les ailes artificielles pouvaient être d'une certaine utilité, mais il fallait une énergie complémentaire pour faire décoller un tel poids du sol et l'emmener aux confins des cieux.
Léonard de Vinci ne connaissait rien qui put produire une telle énergie, mais parmi ses amis, il y avait un savant arabe qui se faisait appeler Abdullah Saïd, dont personne ne connaissait le véritable nom. Charles VIII l'envoya quérir dans son ermitage des Pyrénées, où il avait trouvé refuge après le reconquista espagnole.
Il avait la réputation de maîtriser une science oubliée vieille de plusieurs millénaires. Cette science, affirmait Léonard de Vinci, était capable d'arracher un vaisseau de plusieurs tonnes à l'attraction du sol.
Abdullah Saïd se joignit donc à lui et à Maître Marcotin, et à eux trois, ils conçurent une caravelle de vingt mètres de long sur six mètres de large, d'une capacité de cinquante tonneaux, avec une coque et une charpente en chêne et trois mâts à trois rangées de voiles carrées, trois focs triangulaires à l'avant et une grande brigantine à l'arrière.

 


Au premier abord, rien ne distinguerait ce navire d'un navire ordinaire, sinon les deux grandes ailes qu'ils y ajoutaient, chacune mesurant un peu plus de quinze mètres, semblables à des ailes de chauve-souris faites de tiges de bois et de métal recouvertes de cuir, avec des chaînes qui coulisseraient à travers des anneaux le long de l'ossature, actionnées par des courroies, des engrenages et des leviers, afin de reproduire le mouvement des ailes d'oiseaux.
À l'arrière, à l'emplacement du gouvernail, il y aurait une sorte de queue en éventail d'une dizaine de mètres et sous la coque, à la place de la quille, une grande voile d'une quinzaine de mètres semblable à une nageoire ventrale montée sur un pivot, pilotée depuis le pont, elle devait permettre un contrôle plus précis du vol et serait rétractable.
Déployé, l'ensemble donnerait au vaisseau une envergure de plus de cinquante mètres. Mais ces éléments n'avaient d'utilité qu'à une certaine altitude, il était impossible de s'en servir pour décoller.
C'était là qu'intervenait la science d'Abdullah Saïd ; il était en train de fabriquer un œuf philosophal en métal renfermant des éléments secrets qui s'activaient quand on les chaufferait, ils dégageraient alors une puissante énergie capable de faire voler un bâtiment de la taille d'une caravelle.

 


La nature exacte de cette énergie était inconnue de tous, même de Léonard de Vinci et de Maître Marcotin. Selon le degré de chaleur que l'on donnerait à l'œuf, le poids du vaisseau se réduirait ou serait complètement annulé. Le savant arabe avait assuré qu'à l'intérieur, les passagers ne ressentiraient aucun changement de gravité, seulement, comme il les en avait mis en garde, l'œuf était très fragile et en cas de choc, il pouvait exploser et provoquer de terribles dégâts.
Grâce à l'énergie mystique de l'œuf philosophal, le navire devait s'élever comme une bulle de savon jusqu'à atteindre une altitude suffisante pour déployer les ailes et sa voile ventrale, soit un arpent, ce qui équivaut à plus ou moins soixante dix mètres.
À partir de ce moment, l'ascension devait être assez rapide, Maître Marcotin avait prévu qu'à une certaine hauteur, les passagers éprouveraient une gêne respiratoire, comme celle que l'on ressent en montagne, mais qu'elle se dissiperait bien vite une fois qu'ils se seraient accoutumés à l'air de l'espace moins dense que l'air terrestre.
Parvenus à trois lieues d'altitude, aux limites du ciel terrestre, les ailes pourraient être repliées le long de la coque, l'enveloppant comme deux grandes mains protectrices, on laisserait la voile ventrale, l'on dépoieraient celles du pont et l'on se laisserait porter par les vents cosmiques.
Pour un tel voyage, les octants et les boussoles n'allaient être d'aucune utilité, puisque les références célestes seraient totalement différentes des références terrestres. Abdullah Saïd avait fourni une sphère armillaire spéciale ; sa facture était très ancienne, pourtant, les orbites des planètes y étaient fidèlement reproduits avec leurs épicycles, gravitant en parfait synchronisme autour de la sphère centrale représentant la Terre. C'était ce qui tiendrait lieu de carte, permettant aux voyageurs de se diriger avec une précision relative au milieu des astres.

 


Dernancourt rapporte qu'à cette même époque, dans le Royaume de Pologne, un certain jeune astronome appelé Nicolas Copernic avait eu vent de ce projet. Il était convaincu que l'espace entre les planètes n'était constitué que de vide et que les voyageurs mourraient asphyxiés avant même d'avoir atteint trois lieues d'altitude. Heureusement, la suite des évènements devait lui donner tort.
Les travaux débutèrent dans le plus grand secret en Juin 1493, dans une clairière de la Forêt de Loches où avait été aménagé le gigantesque chantier dont les accès étaient gardés par des soldats.
Le Roi avait recruté des artisans dans toutes les provinces pour participer à la construction du vaisseau, auquel il avait déjà donné le nom de Dame de Beaujeu, en l'honneur de sa sœur, la Régente Anne.
Les travaux avançaient bien, lorsqu'en la funeste année 1498, le malheureux souverain mourut d'une fracture du crâne en tombant à la renverse lors d'une partie de jeu de paume, ce fut son cousin, le Duc d'Orléans qui lui succéda sous le nom de Louis XII.

 


Quand on lui exposa le projet de son prédécesseur et qu'il vit l'état d'avancement du chantier, il consentit à le mener à terme. À l'époque, les italiens étaient de plus en plus menaçants, il espérait s'allier avec les habitants d'autres mondes pour les combattre.
Le Pape Jules II fut mis dans la confidence, homme de foi indisputé, il donna son assentiment. Lui aussi avait des relations difficiles avec les italiens, de plus, il pensait que sur les autres planètes, des populations en détresse avaient besoin du réconfort de la religion Catholique. Il n'hésita donc pas à puiser dans les fonds de l'Église pour financer le projet.
Les travaux avaient duré dix ans, au bout des cinq premières années, l'essentiel du navire était monté, ses ailes étaient fixées, ainsi que les "avirons" installés par rangées de cinq des deux côté du pont, Chacun devrait être manœuvré par deux "rameurs" en synchronicité parfaite avec les autres, la conception des ailes permettrait une grande précision de mouvement, quant à la queue qui contrôlait le vol verticalement, un seul homme suffisait à le manier, tout comme la voile ventrale contrôlant le vol horizontalement qui était reliée à la barre.
Un Athanor en plaques de terre cuite était installé sur le pont, à l'intérieur d'un cabanon en métal formant un cube de cinq mètres de hauteur et de largeur, il servait à chauffer l'œuf philosophal. Maître Marcotin en contrôlait lui-même l'utilisation d'après les recommadations d'Abdullah Saïd, en augmentant ou en réduisant la chaleur, l'énergie de l'œuf philosophal accroissait ou décroissait, faisant s'élever ou redescendre le navire dans un halo de lumière verte.
Les cinq années suivantes furent consacrées aux essais de cette machine volante, pendant cette période, des légendes circulèrent à propos d'un dragon ou d'un bateau volant dans les environs de la Forêt de Loches, d'après les descriptions, il avait des ailes semblables à celles des chauve-souris et il apparaissait la nuit dans une lueur verte.
Il y eut peu de monde pour y croire, généralement, on prit cela pour des ragots, des hallucinations voire des manifestations de l'enfer, contre lesquelles l'Église recommanda des actes de contritions.
Pendant ce temps, tous les détails pour le voyage du Dame de Beaujeu étaient mis au point.

 

 

Chapitre 2 >>

 

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