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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 08:25

 

Il s’agissait de deux jeunes princes qui s’appelaient Ochonios et Pandital, c’étaient des frères jumeaux, fils d’Erkenios seigneur de Galita, une planète de type terrestre à quelques dizaines d’années-lumières de la terre

 

 

Comme ils s‘ennuyaient sur leur planète, ils venaient régulièrement séjourner chez nous pour se distraire. Ils fréquentaient surtout les grandes métropoles comme Las Vegas, Paris ou Rio de Janeiro. Leur morphologie étant quasi-semblable à la nôtre, ils pouvaient facilement se mêler aux humains sans se faire remarquer.
Ils connaissaient assez bien nos mœurs et nos coutumes, et ils suivaient l’actualité à la télévision, à la radio, dans les journaux et sur internet. Morillon et ses histoires d’extra-terrestres les amusaient, et ils aimaient bien regarder les vidéos le concernant sur You-Tube. Un jour, Pandital avait dit à Ochonios : « Tu imagines la tête qu’il ferait si on se montrait à lui ? » Sur le moment, ils avaient bien ri à cette idée, mais peu à peu, il la prirent au sérieux, et ils commencèrent à envisager d’envahir la terre en se servant d’Isar et de sa secte.
Leur civilisation maitrisait depuis longtemps la propulsion quantique, ce qui leur permettait de franchir sans difficulté les distances faramineuses séparant les mondes en un temps très réduit. Ainsi, ils pouvaient aller d’un bout à l’autre de la galaxie en quelques mois seulement.
Cette technologie avait favorisé la création d’un empire stellaire tel qu’on enhttp://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTFQvv00dDPRcuFKP9oEGsSYhd8xpZIv2Fb2_F8ozW0xJm4Ff8ieg voit dans les films ou les séries de space-opera, il s‘était propagé dans la Voie Lactée et avait instauré une société de type féodal (qui ressemblait un peu à celle décrite par Frank Herbert dans « Dune »). Galita appartenait à l’empereur et lui versait régulièrement un tribut, elle était aussi tenue de l’assister militairement.
Ochonios et Pandital, étant fils héritiers d‘Erkenios, régnaient déjà sur des planètes mineures appartenant au patrimoine familial. Mais ils voulaient avoir leur domaine à eux et y faire ce qu’ils voulaient. La terre était déjà connue de l’Empire, mais n’avait jamais suscité un grand intérêt. Jusqu’à maintenant, aucun seigneur ne l’avait revendiquée.
Les deux jeunes princes jugèrent qu’elle ferait un excellent domaine privé, qu’ils pourraient se partager et utiliser à leur guise. Ils disposaient chacun d’une garde personnelle qui, bien que réduite en hommes, possédait un armement capable de surpasser celui des nations terrestres. Ils pouvaient s’emparer de la planète quand bon leur semblerait. C’était facile, les armées de l’OTAN et des pays de l’Est réunies n’auraient pas suffi à les en empêcher.
Seulement, Ochonios et Pandital préféraient éviter ce type d’invasion, où ils l’emporteraient rapidement au détriment de l’environnement. En effet, l’armement dont-ils disposaient pouvait raser un continent entier en quelques secondes, mais leur but était de prendre possession d’un monde en bon état et d’une population en bonne santé pour les servir. De plus, ils tenaient à ce que çà se passe sans trop d’éclat, afin de ne pas attirer l’attention de leur père, ou de l’Empire, qui les auraient empêchés de mener leur projet à bien.
http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRpSVs8N2yM3ocxovXRk_ajwvMjXd3DzwGO0s3jmlJecl8sRL7jFQIl fallait que l’invasion se passe en douceur, il fallait que la population les accueille avec enthousiasme, en sauveurs plutôt qu‘en conquérants. Pour cela, Isar et sa secte étaient le vecteur idéal.
Ils n‘étaient, pour l’instant, que de simples touristes sur la terre, ils avaient appris la langue anglaise, car c’était la plus couramment utilisée dans ce monde. Mais il leur fallait maintenant apprendre le français, car « l’Intendant » des extra-terrestres ne savait malheureusement pas parler l’anglais.
La civilisation de l’Empire avait développé des méthodes d’enseignement accéléré où l’on implantait les connaissances directement dans le cerveau, grâce à des ordinateurs organiques sophistiqués. Mais la méthode n’était pas sans risque, et il valait mieux ne pas en abuser.
Ils se firent de faux papiers et modifièrent les bases de données terrestres pour s’attribuer les identités de Brian Kelly (pour Ochonios) et Eliah Jones (pour Pandital), journalistes américains travaillant pour une chaîne locale du Missouri.
Ils se présentèrent à l’ambassade interstellaire à la Baie-des-Castors, où ils sollicitèrent une interview du « Maître des Maîtres » par le biais de ses secrétaires. Morillon acceptait facilement les interviews, il aimait beaucoup se montrer et parler au public.
Morillon leur fit savoir qu’il acceptait, et il ne tarda pas à sehttp://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcT6S9TmQAfkQpOqe-KqvB5CaQPdnVn04PjA255X-ItMwtNmA7N_ présenter à eux. Il fit une entrée solennelle, revêtu de sa combinaison blanche avec le symbole des Isariens sur la poitrine.  Il était accompagné de deux gardes du corps, qui portaient la même tenue. Il fixa des règles strictes comme il l’avait fait avec Grégoire Ménuin et tous les autres journalistes ; d’emblée, il les mit en garde : « J’exige que vous vous adressiez à moi avec la même déférence et le même respect que si vous vous adressiez au Pape ou au Dalaï Lama. »
Puis il invita les faux journalistes à s’asseoir, et l’interview put commencer. Ochonios lui posa les questions habituelles : les origines de sa secte (ou plutôt de son église, le mot « secte » avait, pour Morillon, une connotation péjorative). Morillon raconta, pour la N-ième fois, sa rencontre avec les extra-terrestres, et il expliqua une fois de plus, la mission dont-ils l’avaient chargé. Désignant le symbole sur sa poitrine, il leur dit : « Ceci est le symbole de l’empire stellaire des extra-terrestres. » « Ah bon ? » Répondit Pandital, qui avait du mal à se retenir d’éclater de rire. Morillon leur donna une foule de détails sur les extra-terrestres, qu’il prétendait connaître intimement, il leur décrivit leur monde, leur civilisation, leur technologie. Il leur parla de Moïse, de Jésus, de Mohammed et de Bouddha qui avaient été ressuscités grâce à la technique du clonage, etc. etc.
À la fin de l’entretien, alors que Morillon s’apprêtait à leur donner congé, Ochonios sortit un objet de sa poche, çà ressemblait à un pistolet laser de série de SF, avant que qui que ce soit ne puisse réagir, il visa les gardes du corps et tira. Un éclair blanc sortit de son arme et les deux hommes s’écroulèrent sans connaissance sur le sol.
Morillon sursauta violemment : « Qu’avez-vous fait ? »
« Gardez votre calme ! » Lui ordonna Ochonios, pendant que Pandital sortait ce qui ressemblait à un téléphone portable de sa poche, il dit quelques mots dans une langue inconnue, puis un sifflement résonna à l‘extérieur. Alors, à la stupeur de Morillon, par la fenêtre il put voir une soucoupe http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRFq0iYbgdV4hvk6yux8hkUKQTuovw152wfooXLE1N_8uSzmzaakgvolante descendre du ciel et atterrir sur la piste de l’ambassade stellaire.
Cette soucoupe, que pilotait un soldat galitien, avait été construite d’après les illustrations des livres de la secte, mais elle n’était pas du tout conçue pour voler dans l’espace. Son arrivée produisit l’effet escompté : « Ce n’est pas possible !  S’écria le « Maître des Maîtres.  C’est un coup monté, bravo, messieurs, vous êtes très forts ! »
« Ce n’est pas un coup monté, répondit Pandital, nous sommes réellement des extra-terrestres, vous ne nous reconnaissez pas ?
« Mais… Je ne vous ai jamais vus ! Répondit Morillon. »
« Bien sûr que si, rétorqua Ochonios, c’est nous que vous avez rencontré il y a une trentaine d'années, nous vous avions confié une mission, et vous l’avez menée à bien. Nous vous en félicitons. »
Morillon resta un instant figé, puis il dit : « Mais non, ce n’est pas possible ! »
« Ce ne l‘est pas, bien évidemment, répondit Ochonios, nous sommes bien placés pour le savoir. Mais à partir d’aujourd’hui, non seulement c'est possible, mais c’est la vérité. Nous sommes bien les « dieux » qui avons créé la vie sur la terre, nous sommes bien les extra-terrestres qui vous avons confié la mission d’annoncer notre venue. Désormais, tout ce que vous dites dans vos livres et vos conférences est authentique. Venez. »
Sans opposer de résistance, tellement il était abasourdi, Morillon suivit les deux extra-terrestres. Ils sortirent du bâtiment et se rendirent sur la piste d’atterrissage, où était posée la soucoupe qui avait déployé ses marches. Ils pénétrèrent dans la cabine exigüe comme un cockpit d’avion, et l’engin décolla.
La soucoupe les emmena dans un canyon où se trouvait un véritable http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQI2lfAMo-sdD9Da4XWNTTyMOxZ4nstVNs5X9_5rhH_1Is1CMpibwvaisseau spatial, celui d’Ochonios et Pandital. Ils y montèrent avec Morillon, Ochonios se mit aux commandes et le vaisseau décolla. Cette fois, il fila tout droit vers le ciel, et en un rien de temps, sortit de l’atmosphère. Ochonios se dirigea vers la Lune, la dépassa en quelques secondes, et bientôt, un disque rouge orangé se mit à grossir dans le hublot, c’était déjà la planète Mars. Quatre vingt millions de kilomètres venaient d’être franchis comme on enjambe le seuil d’une maison.
Isar, qui s’était quelque peu ressaisi, leur demanda : « Vous venez de Mars ? »
Ochonios haussa les épaules : « Mais non, voyons, vous devriez savoir qu’il n’y a pas de vie possible sur Mars. Nous allons simplement nous y poser pour discuter un peu, à l’abri des oreilles indiscrètes. »
Le vaisseau se posa en douceur sur la surface du sol martien, puis les deux princes invitèrent Morillon à les suivre dans une pièce voisine. Le vaisseau était très grand, de la taille d’un paquebot, mais il était bien plus petit que le vaisseau-mère en orbite solaire au niveau de la ceinture d’astéroïdes. Il comportait, outre la salle de pilotage et celle des machines, de nombreuses pièces ; des salons, des salles de réception, des chambres privées, des bureaux, des salles de bain et tout ce qui fait le confort. Le salon où Isar pénétra était décoré dans un style qui rappelait le Premier Empire, Ochonios le convia à s’asseoir à une table de bois massif, et une armée de domestiques s’affaira autour d’eux pour leur apporter de la nourriture et des rafraîchissements.
Morillon était livide, au bord de la syncope, Pandital lui tendit un objet qui ressemblait à un inhalateur de Ventoline : « Prenez, lui dit il, çà ira mieux. »
Morillon inhala une bouffée, et il se sentit plus détendu.
« Qui êtes vous ? » demanda-t-il enfin.
« Je suis le Prince Ochonios, et voici mon frère jumeau le Prince Pandital, nous venons de la planète Galita, nous sommes les fils du Seigneur Erkenios. Évidemment, tout cela ne vous dit rien, puisque nous n’avons, jusque là, jamais eu de contact officiel avec votre planète. »
Pandital s’assit à côté de lui, et lui dit, non sans ironie : « Je crois que vous avez déjà eu l’occasion de rencontrer des extra-terrestres ? »
Isar baissa les yeux en rougissant : « Je… J’ai menti. »
Ochonios et Pandital rirent doucement en entamant le repas que les domestiques leur avait servi. « Mangez donc, Isar, avant que çà ne refroidisse, lui dit Ochonios, nous allons parler tranquillement, et tâcher de trouver un moyen de transformer votre histoire en réalité. »
http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQkO7BitA8VpEU3ZQHpqfVb4tfHwn-KGwwmZqSYPbpbyBfe0ika8wIsar goûta la nourriture, elle était assez bonne, elle consistait en une viande mijotée avec des légumes. « Qu’est-ce que c’est ? » Demanda-t-il.
« Du chevreuil, répondit Ochonios, enfin, un animal très proche de votre chevreuil terrestre. Il semble que la vie ait évolué à peu près de la même manière dans l’univers, preuve en est notre physique similaire au votre, nous n’avons même pas besoin de nous déguiser pour nous mêler à vous. Vous aviez raison sur ce point : les extra-terrestres vous ressemblent beaucoup. Par contre, nous n’avons pas créé la vie sur terre, elle s’est créée toute seule, ou bien c’est le Seigneur Universel. »
« Qui çà ? »
« L’entité abstraite que vous appelez Dieu, à laquelle certains croient et d’autres pas, comme chez vous. Nous avons également des théologiens qui ont débattu des millénaires durant sans trouver de réponse concluante à ce sujet. »
« Il y a autre chose à propos de laquelle vous avez raison, continua Pandital,http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQqpDbvN8qESvsmfYQAr5Ydwn9mug-w7P0mDiBen8g3wwSDY3gCXQ il existe bien un empire de planètes tel que vous le décrivez dans vos livres, mais il est un peu différent. Notre société repose sur un système que vous qualifieriez de féodal, le pouvoir est aux mains de plusieurs familles nobles qui se partagent les planètes habitées, et sont soumises à un Empereur. Nous appartenons à une famille aristocratique qui règne sur Galita et ses dépendances, des planètes mineures qui sont nos vassales depuis des siècles. »
« Et la terre dans tout çà ? » se hasarda à demander Isar.
« Elle n’appartient pas à l’Empire, du moins, pas encore. Elle n’a toujours pas attiré l’attention de l’Empereur, alors nous allons en profiter pour la coloniser à notre compte. »
« Mon Dieu ! » S’écria Isar.
« N’ayez pas peur, intervint Ochonios, nous voulons coloniser votre planète en préservant ses habitants, qui serons nos sujets et travaillerons pour nous. En retour, nous leur assurerons la sécurité matérielle et la mise à disposition de notre médecine et une partie de notre technologie. Croyez moi, votre http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRuPdgAsoa4JrrB6-LAqY6aHAwMVDn4rsoF9780u5gvTysah5BBpeuple va connaître un âge d’or. »
« Mais nous serons vos esclaves. »
Pandital haussa les épaules : « C’est vrai, mais la qualité de vie des terriens va tellement s’améliorer qu’ils seront heureux de nous être asservis. »
« Qu’est-ce que je  viens faire là-dedans ? »
« Vous allez nous aider ; grâce à vous, nous pourrons faire accepter notre présence aux terriens en nous présentant comme les extra-terrestres que vous annoncez, et tels que vous nous décrivez ; des sauveurs. Ce que nous sommes, en fait, car vous êtes plutôt mal partis avec vos industries salissantes et l’atome que vous maniez à tort et à travers. Il est très probable que nous vous épargnions de terribles catastrophes. »
« Et si je refuse de vous aider ? »
« Tant pis, répondit Ochonios, tant pis pour les terriens. Si vous ne nous aidez pas, nous coloniserons quand même la terre, mais çà se fera de manière brutale. Si vous nous aidez, çà se fera à la manière douce. Mais d’une manière ou d’une autre, çà se fera, vous n’avez pas vraiment le choix. Alors, acceptez vous ? »
Isar baissa la tête et répondit à mi-voix : « Oui. »

 

 

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Un mois après son dîner sur Mars avec Ochonios et Pandital, Morillon annonça, sur le site de sa secte, qu’il s’apprêtait à faire une révélation extraordinaire à l’humanité, et qu’il en apporterait les preuves. Il convia les journalistes du monde entier à une conférence de presse à Montréal.
Grégoire Ménuin, l’ennemi juré d’Isar, fut un des premiers sur la liste des invités. Comme la plupart de ses collègues, il prit cette annonce à la dérision. « Que va-t-il encore nous trouver cette fois ci ? » Lui demanda un ami sur Facebook, « Il va peut être nous refaire le coup du bébé cloné. » Répondit Ménuin.
Et partout dans le monde, dans les shows télévisés, dans les réseaux sociaux, sur internet ou en privé, les conversations allaient bon train sur Isar, alias Etienne Morillon, le gourou aux extra-terrestres et sur ses lubies.
Au jour et à l’heure convenus, dans une salle des fêtes de Montréal où Isar avait installé un podium et disposé des chaises pour les journalistes, Grégoire Ménuin arriva peu après ses collègues. Ils étaient tous surpris de la sobriété et de la modestie de la réception.
De la part de Morillon, ils étaient habitués à une mise en scène pompeuse et tonitruante, avec maquette de soucoupe volante, musique à la Star Trek et tout le bazar, là, on se serait cru à une réunion de patronage de quartier. Aucun décor, aucune affiche, juste des tables sur une estrade et des chaises devant.
Une fois que tous les journalistes furent installés (il n‘y en avait que très peu, la plupart avait jugé que ce serait une perte de temps de venir écouter la N-ième connerie de Morillon), Morillon entra, revêtu, comme à l’accoutumé, de sa combinaison blanche d’astronaute. D’habitude, quand il arrivait, il était radieux et souriant, aujourd’hui, il avait une expression sérieuse et un air préoccupé qui détonait de son personnage.http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSivorLTDgsvm4h95w0GXC06Ld1Il1N-JNy7nbnJkrBK5DyhJmTxA
Morillon s’assit à la table du podium, face aux journalistes, et la conférence de presse commença. En matière d’introduction, il rappela brièvement ses théories sur les origines de la vie terrestre, qu’auraient créée des savants extra-terrestres en laboratoire, sa rencontre avec eux trente ans auparavant, sa mission, et enfin, l‘annonce de leur arrivée qui amènera un âge d’or.
« Ce jour est enfin venu, annonça-t-il d’un ton monocorde, comme s’il lisait un prompteur sans comprendre le sens des mots, aujourd’hui, j’apporte enfin la preuve au monde et à l’humanité que j’ai dit la vérité. Aujourd’hui, je vais vous montrer ceux que nos ancêtres prenaient pour des « dieux », je vais vous présenter d’authentiques extra-terrestres. »
On se serait attendu à plus d’emphase de sa part, en de telles circonstances, en annonçant une telle nouvelle, mais il ne semblait pas du tout motivé, on aurait dit qu’il avait hâte d’en finir. À peine eut il terminé sa phrase qu’Ochonios et Pandital pénétrèrent dans la salle, revêtus de la même combinaison blanche qu’Isar, avec le symbole de la secte brodé sur la poitrine.
Il y eut un murmure parmi les journalistes, à la fois étonnés et déçus. L’un d’eux lança : « C’est çà, votre preuve, Morillon ? Deux types habillés en astronautes ? »
Isar prit une grande inspiration, et en tremblant, il répondit : « Messieurs-Dames, veuillez aller dehors et regarder le ciel, je vous prie. »
À peine eut il dit ces mots qu’on entendit des cris, des crissements de pneu et soucoupes.jpgdes chocs de voitures à l’extérieur. Les journalistes lancèrent un regard inquiet à Morillon, pâle comme un mort, les yeux fermés et le front luisant de sueur. Ils sortirent à grands pas de la salle et levèrent la tête : une armada de soucoupes volantes emplissait le ciel.

 

 

 

 

 

 

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Conversation sur Facebook


http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTHGyelzpmxfRHavJdHGmKq99PbKyPs-kTsFJyiPRHEjfUGGKNLGrégoire Ménuin s’y attendait un peu, le « Maître des Maîtres », tel qu’il était convenu de l’appeler désormais, l’avait invité pour une interview. C’était une invitation courtoise, mais aussi un ordre, on se devait d’obéir au gouverneur des États-Unis de la Terre.
Ménuin eut une discussion sur Facebook à ce sujet avec René Printemps, un collègue journaliste qui travaillait dans un grand quotidien belge.

Ménuin à Printemps :
Le « Maître des Maîtres » m'a convoqué à une interview. Il doit se goberger, pourtant, la dernière fois, à Montréal, il n’avait pas l’air trop ravi.

Printemps à Ménuin :
J’imagine que c’était si soudain que çà avait du lui causer du stress. Rappelles toi, chez vous en France, le 21 avril 2002 quand Le Pen s’est retrouvé au 2e tour des présidentielles, il avait plus l’air de flipper que d’être content. Pour Morillon, c’est pire ; il s’agit de toute une planète, à sa place, je flipperais aussi. Tu imagines ? Avoir passé pour un rigolo pendant trente ans et être placé sur un piédestal du jour au lendemain, çà doit faire drôle.

Ménuin à Printemps :
Moi, j’ai du mal à y croire, je suis pas le seul, mais je sens qu’il y a quelque chose qui cloche.

Printemps à Ménuin :
Fais gaffe à ce que tu dis, on est sur internet.

Ménuin à Printemps :
Tu te rappelles du communiqué officiel ? « Liberté totale d’expression » Normalement, on peut dire ce qu’on veut sans être inquiété. De toute façon, notre réputation est déjà faite, si on doit avoir des emmerdes, on les aura, internet ou pas internet.

Printemps à Ménuin :
Ouais…

Ménuin à Printemps :
Bon, je te disais, il y a quelque chose qui cloche. Tout est trop parfait, tout s’emboite trop bien : les évènements coïncident à la virgule près avec la doctrine et les prédictions de la secte de Morillon. J’y crois pas, çà ressemble à un coup monté.

Printemps à Ménuin :
Pourtant, tu as constaté, comme tout le monde, que les extra-terrestres existent vraiment, il n’y a plus aucun doute là-dessus. Ils ont même emmené un groupe de journalistes et de scientifiques sur leur planète.

Ménuin à Printemps :shawking.jpg
Je sais, Stephen Hawking était avec eux, d’ailleurs, regarde. 

(Ménuin avait ajouté un lien à son message. Printemps cliqua dessus et une vidéo s’ouvrit sur You Tube : on voyait Stephen Hawking debout, se tenant bien droit, sans aide, en train d’exprimer sa reconnaissance et sa foi en Isar et les extra-terrestres, d’une voix claire et limpide, sans son appareillage habituel.)

Printemps à Ménuin :
Tiens ? Ils ont réussi à le guérir de sa tétraplégie ?

Ménuin à Printemps :
De sa paraplégie. C’est facile, pour eux, grâce à leur médecine hyper-évoluée, ils guérissent pratiquement toutes les maladies, de la plus bénigne à la plus grave : cancer, SIDA, hépatite, Alzheimer, sclérose en plaques etc.

Printemps à Ménuin :
C’est plutôt chouette, non ?

Ménuin à Printemps :
Ouais, je dis pas, mais quand même, il y a quelque chose qui me gêne, tout cela sonne faux. Je crois qu’on va le payer un jour ou l’autre.

 

 

Paris

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRQJAX01qUxaN4kq-wgNoKBX79kgH5MbYlPvRaoHLwxZN-rJrhdywOn se serait cru dans la série télévisée des années 80 : « V » ; des extra-terrestres apparemment bienveillants qui cachent des intentions malveillantes. Le gars qui pondrait une histoire de SF pareille serait un nul de chez nul. Pourtant, c’était la réalité.

Pour l’interview, Ménuin n’eut pas besoin de se déplacer, car ce fut Isar qui fit le trajet du Québec à Paris en soucoupe volante. Cela ne lui prit que quelques minutes. Désormais, il pouvait revenir en France quand bon lui semblait, les charges qui avaient pesé contre lui étaient obsolètes, on avait convenu unanimement que toutes les accusations de corruption et de pédophilie n’avaient été qu’un tissu de calomnies pour le discréditer.
Le monde entier, par le biais de l’ONU, avait fait son mea-culpa pour n’avoir pas cru en les paroles d’Isar, et avoir injustement sali sa réputation. Cependant, Isar était miséricordieux, et il avait annoncé le pardon inconditionnel à tous ses adversaires du passé. « Une Ère Nouvelle s’ouvre devant nous, avait il déclaré, il est temps d’oublier nos anciennes querelles et de s’unir face aux épreuves. »  C’était le genre de propos auquel on s’attendait de sa part dans de telles circonstances, mais leur formulation avait attiré l’attention de Ménuin.
Morillon avait établi ses quartiers dans la succursale parisienne de l’église Isarienne, un de ses secrétaires avait contacté Ménuin, pour lui faire savoir qu’il pouvait venir quand il le voudrait, que le « Maître des Maîtres » se tenait à sa disposition. Une telle élégance ressemblait bien à Isar.
Ménuin réunit son caméraman et son preneur de son, puis avant de se mettre en route se connecta sur Facebook avec son téléphone portable :

Ménuin à Printemps :
Je suis en train de me préparer pour aller le voir. Tu as entendu sa déclaration ? « Une Ère Nouvelle s’ouvre devant nous, il est temps d’oublier nos anciennes querelles et de s’unir face aux épreuves. »

Printemps à Ménuin :
Oui ? Et alors ?

Ménuin à Printemps :
Çà t’a pas frappé ? « oublier nos anciennes querelles et s’unir face aux épreuves » Il a une drôle de façon de s’exprimer.

Printemps à Ménuin :
Comment çà ?

Ménuin à Printemps :
Il est sensé être optimiste et avoir confiance en l’avenir, il ne devrait donc pas parler de « faire face aux épreuves ». À croire qu’il essaie de faire passer un message. Je suis prêt à parier qu’il a un fil à la patte.

Printemps à Ménuin :
Je sais pas, c’est une formule toute faite. Mais à la réflexion, c’est vrai que c’est bizarre qu’il dise çà.

Ménuin à Printemps :
Bon, j’y vais, je te laisse. Je te raconterai après.

Printemps à Ménuin :
Ciao.
http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTTxbhvSIoLEff3meM9kevAW-avry2dKr59CKgtmia1RLg53n02
Ménuin fut introduit auprès du « Maître des Maîtres » qui le reçut chaleureusement, dans un salon décoré de tentures de velours et une cheminée au feu de bois. « Grégoire ! Soyez le bienvenu ! » S’exclama Morillon en le voyant. Ce « Grégoire » était nouveau, jusqu’alors, c’était plutôt un « Ménuin » prononcé avec mépris et condescendance.
« Que puis-je pour vous, euh… Etienne ? Vous permettez que je vous appelle Etienne ? » Demanda Ménuin.
« Bien entendu ! Répondit Morillon d’un ton débonnaire, cela fait si longtemps que nous nous connaissons, mon vieil ami. »
« Mon vieil ami », décidément, Morillon ne reculait devant aucun cliché, l’ennemi de toujours appelant son adversaire « Mon vieil ami », c’était usé jusqu’à la corde.
Ils s’assirent tous les deux dans de confortables fauteuils de cuir, face au feu de cheminée. Pendant que son caméraman et son preneur de son se mettaient en place, Ménuin demanda à Morillon : « Qu’attendez vous de moi ? »
« J’aimerais m’adresser aux nations de ce monde, et les assurer que les extra-terrestres sont nos amis, qu’ils sont là pour nous apporter tous les bienfaits dont-ils disposent. Ils sont nos créateurs et nous sommes leurs enfants, ils ne veulent que notre bien. »
« Mais je n’en doute pas ! » rétorqua Ménuin, non sans ironie.
Une fois que ses équipiers furent prêts, l’interview commença. La conversation de Ménuin avec Morillon fut intégralement enregistrée. Elle consistait en une succession de platitudes sur l’intégrité morale et les vertus des extra-terrestres, au point que Ménuin manqua de s’assoupir à deux ou trois reprises.
Quand l’entretien fut terminé, Morillon se leva et tendit la main à Ménuin : « Cher ami, au plaisir de vous revoir. » Ménuin lui serra la main, et il sentit un petit papier plié en quatre dans la paume de Morillon. Discrètement, il referma la main dessus et le glissa dans une poche.
Morillon le raccompagna à la porte avec son cameraman et son preneur de son, et ils remontèrent dans leur camionnette. Ménuin, assis à la place du passager attendit qu’il se fussent un peu éloignés, puis il sortit le papier de sa poche et le déplia : « demain 16h 30 parvis église Montmartre. »

 

 

Montmartre

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTC0AV9K7Si3JVmosBH9hM3uDQgPkM-y0Mt9NkW7EPqhIDICse7ZgLe lendemain, Ménuin était là, à 16h 30 sur le parvis de l’église de Montmartre. Même si le christianisme et toutes les autres religions avaient été officiellement et (quasi) unanimement déclarées obsolètes, il restait quelques irréductibles qui continuaient à pratiquer leurs anciennes croyances, et il y avait toujours autant de promeneurs, ce qui permettait de se rencontrer discrètement en se mêlant à eux.
Il attendit une dizaine de minutes avant qu’un inconnu lui demande l’heure. L’homme était vêtu d’un jogging et de baskets, et il portait une casquette de base-ball, dont la visière lui dissimulait la moitié du visage. Ménuin pencha la tête et reconnut Morillon : « Vous vouliez me parler, Morillon ? »
« Oui, venez à l’intérieur, on sera mieux pour discuter. »
Ménuin et Morillon entrèrent dans l’église, l’autel et les bancs étaient toujours là, même si la messe n’était plus pratiquée. La plupart des prêtres, pasteurs, rabbins et autres ministres de cultes s’étaient convertis à l’Isarisme, et ils étaient devenus prêtres Isariens, ce qui était considéré comme une continuité logique de leur fonction. Il y avait, çà et là, quelques personnes assises sur les bancs où ils prirent eux-mêmes place, et Ménuin engagea la conversation à voix basse :
« J’ai l’impression que tout ne va pas comme vous voulez, Morillon. »
« De grâce, Ménuin, répondit Morillon, épargnez moi vos sarcasmes. Nous sommes dans la merde jusque là ! »
« Comme c’est surprenant ! Répliqua Ménuin en ricanant. Allez, Morillon, dites moi tout. »
Morillon jeta un regard autour de lui, puis il dit à mi-voix : « Ces extra-terrestres, ils ne sont pas ce qu’ils prétendent être. »
« Je sais, répondit Ménuin, c’est Al-Qaïda. »
« Arrêtez vos conneries, Ménuin ! Ce que j’ai à vous dire est très grave ! »
« Bon, j’arrête, je vous écoute. »
« Voila : en fait, tout ce que j’ai raconté pendant trente ans, ma rencontre avec les extra-terrestres, ma mission et tout çà, c’était des conneries, j’ai tout inventé. »
Ménuin ne répondit pas, il se contentait de le regarder d’un air amusé.
« Foutez vous de ma gueule, c’est çà, mais on est vraiment dans la merde ! Continua Morillon, il y a des extra-terrestres, des vrais, qui ont entendu parler de moi et de mon église, et çà leur a donné l’idée de m’utiliser pour coloniser la terre. Ils n’ont absolument rien à voir avec les extra-terrestres que j’ai décrits, ils n’ont pas créé la vie sur terre, ils ne nous ont pas créés, et ils ne viennent pas avec des intentions purement bienveillantes. Ils me contrôlent, ils m’obligent à faire toutes leurs volontés. Si je désobéis, ils utiliseront la violence pour conquérir notre planète. Je suis leur prisonnier et leur pion. J’ai besoin d’aide. »
« Je ne vois pas comment je pourrais vous aider, répondit Ménuin, qui était devenu grave. Que sont-ils exactement, sont-ils humains comme nous ? »
« Oui, morphologiquement et intellectuellement, ils nous sont complètement semblables, ils ont simplement plus d’avance que nous sur le plan scientifique et technologique. Les deux qui me contrôlent s’appellent Ochonios et Pandital, ce sont des seigneurs, un peu comme les seigneurs du moyen-âge. Ils règnent déjà sur plusieurs planètes, mais elles appartiennent au patrimoine familial, et leur pouvoir y est limité. Ils veulent un monde rien qu’à eux pour y faire ce qui leur plait. Seulement, ils essaient d’être le plus discrets possible, pour ne pas que leur père, le seigneur Erkenios  qui règne sur Galita, leur planète natale, enfin on s’en fout... pour ne pas que leur père mette les pieds dans le plat. C’est pour çà que je suis, pour eux, un instrument idéal pour conquérir la terre sans faire de vagues. Notre salut, notre bien-être, ils s’en branlent, ce qui compte, c’est d’avoir un terrain de jeu pour eux tout seuls, et j‘ai peur qu‘ils fassent du dégâts, ils aiment bien la chasse, les duels, la guerre, qu‘ils considèrent comme un jeu, se sont des hommes impulsifs et capables des pires violences, ce ne sont que des êtres humains, ce ne sont pas des « dieux »  comme je les décrivais. Vous comprenez ? »
« Que trop. Répondit Ménuin en poussant un soupir. Pourtant, ils ont fait de bonnes choses jusqu’à maintenant. Que comptent ils faire, à court et moyen terme ? »
Morillon retira sa casquette et regarda Ménuin dans les yeux : « Ménuin, pendant des années, en tant que gourou de la secte des isariens, j’ai moi-même vécu l’existence d’un seigneur. Je sais bien comment se trament ethttp://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSHATxEE5kI3H4BOg5L6F4g9ifa1AnlKwbuTZ5-Mr7BvDvbT0p6Iw se nouent les intrigues de cour, je reconnais les signes annonciateurs d’une rivalité, d’une jalousie ou d’une ambition frustrée. J’ai longuement observé cet Ochonios et ce Pandital, il est clair, il est limpide que ces deux frères, qui semblent si unis, s’affronteront un jour ou l’autre. Je le vois à leur façon de se regarder, je le sens à leur manière de se parler. Croyez moi, c’est pour très bientôt. Et j’aime mieux vous dire que quand ils se foutront sur la gueule, nous, on sera entre deux et on va salement morfler. »


 

 

 

 

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTrUqbEXWxhsXd9MmvIPEt2uAthyrxEtyjqyBJLamSkP6FwxCPFLes envahisseurs : ces êtres étranges venus d'une autre planète. Leur destination : la Terre. Leur but : en faire leur univers.

Les invités arrivaient les uns après les autres, pendant la diffusion du générique des « Envahisseurs » sur l’écran géant du Home-Cinema de Ménuin, dans sa villa du Touquet.

David Vincent les a vus. Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d'une route solitaire de campagne, alors qu'il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva.

Il y avait essentiellement des collègues journalistes, mais aussi des artistes, des scientifiques et même quelques élus (la plupart avait été démis de leurs fonctions, n’ayant pas les 10% de capacités intellectuelles supérieures à la moyenne requises pour exercer leur fonction, en application des règles de la « démocratie sélective » qui, désormais, était en vigueur sur toute la planète).

Cela a commencé par une auberge abandonnée et par un homme devenu trop las pour continuer sa route. Cela a commencé par l'atterrissage d'un vaisseau venu d'une autre galaxie.

Pratiquement tout le monde était arrivé, on avait apporté le bocal de sangria et les petits gâteaux que l’on disposa sur une table.

Maintenant, David Vincent sait que les envahisseurs sont là, qu'ils ont pris forme humaine et qu'il lui faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé.

Ménuin s’adressa à l’assistance, devant la tête de Roy Thinnes qui emplissait tout le mur : « Mesdames et Messieurs, je tiens à vous annoncer qu’un invité surprise se joindra à nous sur le coup de minuit. Je ne vous en dis pas plus, en attendant, amusez vous bien. »
Officiellement, Ménuin avait organisé cette soirée pour fêter l’anniversaire de sa fille. Mais cette réception avait une autre finalité, Ménuin avait prévu quelque chose de vraiment particulier, et l’on se demandait quoi. Cela n’empêcha pas les convives de s‘amuser, et il y eut de nombreuses conversations passionnantes sur l‘actualité, qui ne l'était pas moins.
Démontrant une fois de plus, son sens de la mise en scène, l’invité surprise en question arriva à minuit tapante. Il était vêtu d’un jogging avec une veste au col relevé et une casquette. Quand Ménuin l’introduisit dans la salle de réception, l’inconnu retira sa casquette, et il y eut un silence de stupéfaction ; tout le monde avait reconnu le « Maître des Maîtres », Isar alias Etienne Morillon, le Saint Prophète des extra-terrestres, président-gouverneur des États-Unis de la Terre en personne, qui était venu leur rendre visite incognito.

Il y avait maintenant tout un groupe de personnes qui connaissaient la véritéhttp://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcThQWAI_FSEYhamBI8eI9kLLUMHI_X1k-8pJ_G0aidR3eMNqf96SQ sur Isar et les extra-terrestres, elles avaient été triées sur le volet, non en fonction de la supériorité de leur coefficient intellectuel, mais du degré de confiance que leur accordait Ménuin et ses amis. Parmi ces personnes, il y avait René Printemps, son correspondant de Facebook.
La marge de manœuvre de ce groupe d’initiés était on ne peut plus réduite. Savoir que les extra-terrestres n’étaient pas ce qu’ils prétendaient être, et qu’à tout moment on risquait de se faire massacrer s’il leur venait à l’idée de se battre entre eux, çà n‘avançait pas à grand chose. Que faire dans une telle situation ? Impossible de chasser les envahisseurs, ils étaient trop forts et trop bien établis. En parler autour de soi et organiser la résistance ? Qui serait prêt à leur résister, et pourquoi ? Après tout, depuis qu’ils étaient arrivés, ils n’avaient fait que du bien ; ils avaient guéri les maladies, mis fin à la pauvreté, instauré la paix, supprimé la pollution, que pouvait on leur reprocher ?
Pourtant, il y avait un réel danger et il fallait s’y préparer ; les deux princes allaient se battre un jour ou l’autre, et il fallait prévoir quelque chose pour se protéger, c’était tout ce qu’on pouvait faire.

Et les extra-terrestres là dedans ? Ochonios et Pandital n’étaient pas dupes, ils avaient bien remarqué que Morillon et Ménuin se voyaient avec d’autres personnes, ils se doutaient bien que Morillon avait vendu la mèche et qu’il n’était plus le seul à connaître la vérité à leur sujet. Ils s’étaient résolu à attendre tranquillement la suite des évènements.
Après tout, la situation les amusait, l’enjeu n’était pas capital. Si leur père venait à apprendre ce qui se passait, il les obligerait simplement à quitter cette planète et ils auraient une réprimande. Mais la situation amusait moins les terriens, pour qui les enjeux étaient extrêmement graves.

 

 

Les Rékabites


http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTpVb2bkO-cTtikhJaX7nIdKCTeuDIj9fQyV2MEM8TlzI3bn5-TsgPeuples de la terre, on vous ment ! Les extra-terrestres qui sont arrivés sur notre monde ne sont pas ceux qui ont été annoncés par notre Saint Prophète Isar. Ces étrangers sont des imposteurs, ils se font passer pour des bienfaiteurs, mais en vérité, ils nous veulent du mal. Ne leur cédez en rien, ne leur obéissez pas, continuez à projeter vos pensées au fond du cosmos, et implorez nos véritables sauveurs de venir à notre secours.

Ce message signé : « les Rékabites », en référence à un groupe de juifs de l’époque de Jérémie, qui étaient restés intègres dans une société corrompue, avait été envoyé sur toutes les boîtes e-mails, sur les réseaux sociaux et les forums dans toutes les langues.
Aussitôt, sous la pression d’Ochonios et Pandital qui n’avaient pas du tout apprécié cette incidence, Morillon publia un démenti ; il expliqua que ces « Rékabites » étaient un groupe de dissidents de l’église isarienne qui avaient été excommuniés quelques années auparavant ; ils avaient eu le toupet de contredire Isar lui-même sur sa doctrine et ses révélations. Comme ils ne voulaient pas en démordre, Morillon les avaient chassés, et ils avaient créé leur propre église de leur côté. Paradoxalement, bien qu’Isar fut devenu leur pire ennemi, il était toujours considéré par eux comme leur Saint Prophète et la référence ultime de leur doctrine. Cependant, Morillon se montra extrêmement clair là-dessus : il n’avait aucun lien avec eux, et leurs propos n’engageaient qu’eux-mêmes, car les extra-terrestres qui étaient arrivés sur terre étaient bien ceux qu’il avait annoncés, et il n’y avait absolument aucun doute là dessus.
On aurait pu croire que çà en serait resté là, mais les Rékabites publièrent aussitôt un nouveau pamphlet :

Peuples de la terre, notre Saint Prophète Isar est manipulé par les extra-terrestres imposteurs, il est leur prisonnier et contraint de leur obéir sous la menace. S’il refuse, nous serons détruit. Il fait un énorme sacrifice pour nous. Continuons à projeter nos pensées au fond du cosmos afin de prendre contact avec nos créateurs. Appelons les, et implorons les de venir à notre secours.
 
« Je ne m’en sortirai jamais ! » Confia Morillon à Ménuin et Printemps. Il les avait rejoints incognito dans la villa de Ménuin au Touquet. Pour la première fois de sa vie, Ménuin se sentit de la compassion pour ce charlatan, il lui donna une tape amicale sur l’épaule et lui dit : « Çà va s’arranger. »
« Comment voulez-vous que çà s’arrange ? Lui lança Morillon, les deux seigneurs m’ont convoqué à l’Hôtel de Ville de Paris, où ils ont établi leurs quartiers, ils veulent des explications sur ces tarés et leurs communiqués. Ils ont de plus en plus de mal à croire que je n’ai rien à voir avec eux. »
« Le pire, remarqua Ménuin, c’est que vos Rékabites touchent la vérité du doigt. »
« Il a du y avoir une fuite parmi vos connaissances qui étaient à l’anniversaire de votre fille. Vous avez mis trop de monde au courant. »
« C’était un peu mon but, je voulais que la nouvelle se répande par le biais de personnes habituées à la vie publique, comme les journalistes, les hommes politiques, les scientifiques et les artistes. Pensez vous que des membres de cette église dissidente étaient présents ce soir là ? »
« C’est sûr et certain ! »
« Vous connaissez bien ces Rékabites ultra-isariens ? »
« Un peu trop à mon goût. Ce groupe a été fondé par un de mes disciples de la première heure, Eric Spark. Dès le début, il a bu mes paroles comme du petit lait, il croyait à fond à tout ce que je lui racontais. Il m’a été bien utile pour créer ma secte, c’était un vrai fanatique ; il était persuadé que les extra-terrestres lui envoyaient des messages télépathiques lui ordonnant de m’adorer. Je ne l’ai pas contrarié, il me rendait un énorme service. »

 

« Vous savez où ils sont basés ? »
« Aux dernières nouvelles, ils étaient basés à Turin, en Italie, je peux vous donner l’adresse, mais çà m‘étonnerait qu‘ils y soient encore. »
« Donnez toujours, je vais tâcher de les rencontrer. »
« Vous feriez cela ? Si vous pouviez les raisonner un peu ! »
« Je ferai ce que je pourrai. »
« Ménuin, faites vite, de grâce, je suis vraiment dans la merde ! »
« Nous aussi on est dans la merde, Morillon, et c’est vous qui nous y avez foutus ! »

Pendant que Morillon se rendait à l‘Hôtel de Ville, Ménuin fit le trajet Paris-Turin en 5 mn à peine en soucoupe volante, qui était devenue le moyen de transport universel dans le monde entier.

 

Le « Maître des Maîtres » se sentait tout penaud, il avait l’impression d’être un enfant qui va au bureau du directeur pour se faire engueuler, et c’est un peu ce qui arriva.
Ochonios et Pandital n’étaient pas contents du tout. Ils réprimandèrent Morillon comme un gosse, lui faisant de sévères remontrances qui le terrifièrent et lui laissèrent une profonde amertume. « Si cela ne cesse bientôt, lui dit Ochonios, nous devrons appliquer des sanctions, et vous ne souhaitez pas que nous en arrivions là, Morillon. Je me trompe ? »http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSvHtFjz3eU6CC085qC3Vl20ckckxp1Zo8xx7FWy6BBql4AIdIcDw
Morillon baissa les yeux en secouant la tête.
« Bon, disparaissez ! » Lui ordonna Pandital, sans même lui lancer un regard.
Morillon s’inclina légèrement, esquissant un salut, et il sortit à pas rapides. Il sanglotait d’être ainsi humilié, lui qui avait été tant craint et respecté durant toutes ces années, c’était dur à avaler.



Turin

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQdmgrgGFVXtmQxCGJXHWXzU4b0VgjrNYRfmAAZ8z_4kqSC-kDMRgAssis à la table d’un bar, Ménuin attendait en regardant rentrer les clients, espérant chaque fois que l’un d’eux soit son interlocuteur, celui qui lui avait donné rendez-vous en ce lieu. Comme il s’y attendait, les Rékabites, les dissidents isariens, n’étaient plus basés à l’adresse que lui avait donné Morillon, à la place, il y avait un couple de petits vieux qui ne parlaient pas un mot de français. Il demanda quand même si le nom d’Eric Spark leur disait quelque chose, mais ce fut peine perdue.
Alors qu’il s’apprêtait à retourner à Paris pour prendre une nouvelle direction de recherche, il reçut un SMS sur son portable :  Savons que vous nous cherchez, RV 15h à cette adresse - suivait l’adresse du bar où il s’était rendu.
Au moment où il s’y attendait le moins, un homme vint s’asseoir en face de lui. À peu près du même âge que Morillon, le visage maigre et imberbe, les yeux d’un bleu très clair, et de longs cheveux grisonnants qui lui tombaient sur les épaules. « Bonjour, Ménuin, lui dit il, ce n’est pas la première fois que nous nous voyons, je crois ? »
« Exact, nous nous sommes vus deux ou trois fois avec Morillon, mais nous ne nous sommes jamais parlés. »
« Mon nom est Eric Spark, vous souhaitiez me rencontrer ? »
« Oui, j’aimerais savoir ce qui vous motive. Faites vous cela pour nuire à Morillon ? »
« Bien au contraire, nous sommes persuadés que les extra-terrestres qui sont venus sont des imposteurs, qu’ils n’ont rien  à voir avec nos créateurs dont le Saint Prophète Isar a annoncé le retour. Ceux-ci se font passer pour eux, afin de nous envahir plus facilement, et ils manipulent Isar, le forçant à faire toutes leurs volontés sous peine de s’en prendre à l’humanité. C’est vraiment un grand homme ! »
« Mais, Spark ! S’insurgea Ménuin, vous vous plantez complètement ! Il faut que vous le sachiez : Morillon a raconté des conneries depuis le début, c’est lui qui me l’a dit. »
« Vous n’êtes pas le premier à prétendre qu’Isar lui a fait des confidences de cet ordre. Je ne vous crois pas. » Spark n’avait absolument pas l’air de douter de son « Saint Prophète », il allait être dur de le convaincre, même avec çà : une vidéo que Ménuin avait filmée avec son portable, le soir de l’anniversaire de sa fille au Touquet. On voyait Morillon assis à une table, les invités debout autour de lui en train de l’écouter, et il se livrait à une confession complète, répétant tout ce qu’il avait dit à Ménuin à Montmartre.
Spark regarda la vidéo jusqu’au bout avec un petit sourire amusé, n’ayant pas le moins du monde l’air troublé. Il rendit le portable à Ménuin et lui dit : « Ce n’est pas une preuve, cette vidéo est truquée. Ou bien elle est authentique, et c’est une stratégie du Saint Prophète. Dans tous les cas, quelques soient les différents qui nous aient opposés, j’ai une confiance absolue en lui, je sais qu’il sait ce qu’il fait, rien n’ébranlera jamais la foi que j’ai en lui. »
« Vous êtes vraiment borné ! S’exclama Ménuin, pourtant, vous n’êtes pas un con ; vous avez quand même deviné la moitié de la vérité : Morillon est manipulé par les extra-terrestres, ceux-ci se font passer pour les extra-terrestres auxquels vous croyez pour s’emparer plus facilement de la terre. À cause de vous, votre Saint Prophète est dans de sales draps, Dieu sait ce qui va lui arriver, et pire encore, ce qui va arriver à l’humanité ! Si vous aimez tant que çà votre Prophète, si vous voulez vraiment l’aider, il faut arrêter vos conneries et  ne plus recommencer à dire des choses pareilles sur internet ou ailleurs, sinon, on va tous payer les pots cassés. »
« Nous n’arrêterons pas ! Répondit Spark avec détermination, j’ai reçu un message télépathique de nos créateurs, les véritables extra-terrestres http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQqp1XtQs8qDikukBBOx9faqtLpjOXJS0GsnnI2kAIJScVhqDGI5PjI1sPl3Aannoncés par Isar : ils arrivent, ils viennent à notre secours, ils délivreront le Saint Prophète, ils chasseront les envahisseurs et amèneront l’âge d’or sur la terre. »
Ménuin soupira d’un air désespéré. Spark se leva et lui dit : « Ravi de vous avoir connu, Ménuin. » Ménuin ne répondit pas, ne le regarda même pas partir, il était accablé, ne sachant plus que faire.

 

 

 

 

Deuxième partie >>

 

 

 

Récit Intégral sommaire

Il s’était réveillé brusquement, son portable vibrait sur la table de nuit en se déplaçant comme un insecte. Il faisait jour, quelle heure était il ?
Il attrapa le téléphone d’un geste rageur et prit la communication : c’était René Printemps.
« Salut, mon vieux, çà roupille ? »
« Ouais, je me suis couché tard. J’ai fait un drôle de rêve. Quelle heure il est ? »
« Çà dépend, à Montréal ou à Paris ? »
« Pourquoi ? Tu es à Montréal ? »
« Ouaip. »
« Qu’est-ce que tu fous là bas ? »
« T’es pas au courant ? Isar alias Etienne Morillon, le gourou aux extra-terrestres organise une conférence de presse dans trois jours. »
rael31.jpg« Hein ? »
« Il a du t’envoyer une invit’ »
« Je… je sais pas, répondit Ménuin, sentant un malaise l’envahir, j’ai pas regardé mon courrier, ni ma boite e-mails. Et c’est quoi le sujet de cette conférence de presse, encore le coup du bébé cloné ? » C’était vraiment désagréable, cette sensation de déjà-vu.
« Aucune idée, il a simplement dit qu’il allait faire une révélation extraordinaire à l’humanité, et qu’il apporterait des preuves. »
Cette fois ci, Ménuin se sentit carrément mal, sa bouche se dessécha, des crampes lui tiraillaient le ventre.
« René ! »
« Oui ? »
« Je saute dans le prochain avion pour Montréal ! »

 
Le triomphe du gourou (1)

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